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15 mars 2011

TT TRIP : THE STROKES A LAS VEGAS

Illustration : Le Piète
Samedi soir, 12 mars 2011. Pour défendre leur dernier album, le groupe de rock le plus important de la première décennie du XXIe siècle faisaient son grand retour sur la scène du Chelsea au Cosmopolitan de Las Vegas. Vous n'y croyez pas ? Hé oui, Think Tank y était ! Pour son anniversaire, mon meilleur pote s'est rendu accompagné de sa copine au premier concert des Strokes de 2011. Impressions forcément subjectives d'un fan de la première heure, comme si vous y étiez.

Le cadre est extraordinaire (dans le sens premier du terme) : un complexe hôtel-casino grand luxe en plein centre du Strip (artère principale) de Las Vegas, entre la tour Eiffel miniature de l’hôtel Paris, les fontaines impressionnantes du Bellagio et le grand huit qui entoure le New York-New York et sa statue de la liberté. Autant dire que dans ce tableau de démesure luxueuse et superficielle, les Strokes semblent autant à leur place qu’un vendeur de saucisses dans une manifestation végétarienne. Et pour preuve, une fois sur cette grande avenue, impossible de rater les écriteaux géants annonçant, parfois plusieurs jours à l’avance, les spectacles de Céline Dion, Elvis, David Copperfield ou des Beatles (à Vegas ils sont tous encore vivants ; même Céline Dion) ; mais aucune trace du concert des Strokes. Même une fois dans l’entrée principale de l’hôtel en question, sur les écrans éparpillés de la salle, sous l’énoncé « événement du jour » : rien. Mon cœur, qui battait déjà irrégulièrement, s’arrête durant les quelques secondes nécessaires à m’assurer de la date sur le billet. Soulagé, je suis enfin guidé à travers les salons, couloirs et escalators jusqu’à la salle en question, le « Chelsea », quelque part au quatrième étage d’une aile du Cosmopolitan. La salle est magnifique (environ 2000 personnes) même si, encore une fois, la moquette et les lustres jurent avec le sujet du jour. Les cartes d’identités sont contrôlées à l’entrée. La limite d’âge est de 18 ans et ça tombe bien parce que la majorité du public a 18 ans. Étonnamment, pas de light show particulier sur scène (même si le rendu lumière de la salle s’avèrera réussi) et surprise : un micro pour Nick et Albert. De l’ouverture des portes à l’arrivée des Strokes, trois heures s’écoulent (!). Devendra Banhart passa par là, 45 minutes, pour une honnête performance (légèrement insuffisante à mon goût pour mériter une ligne dans une review des Strokes. Trop tard). Attente longue, interminable même, et à 11 pm tout le monde rassemble ce qu’il lui reste de cuisses, genoux et vertèbres car Queen (mais pourquoi ?!?) annonce l’arrivée des New Yorkais sur scène. Le temps s’arrête. I Can’t Win lance le show.


On se rappelle tout de suite à quel point un concert des Strokes est différent et pourquoi. Des riffs, rythmes et mélodies directes et efficaces, quelque chose de sincère qui touche immédiatement dans le mille mais avant tout une présence scénique puissante (bien que plutôt passive) qui impressionne toujours. C’est d'abord Julian, même dans sa version du jour particulièrement concentré et calme, qui capte l’attention par son charisme naturel. Sa voix est posée et précise. Les « just kidding » et « you’re amazing » sont toujours là, comme des ponctuations. Nick lui dispute définitivement le rôle principal durant la première heure où il assure la lead guitar de la majorité des morceaux (à vrai dire tous mis à part Under Control, je crois). Mais c’est quand Albert est à la barre que le concert prend des tournures frénétiques (les meilleurs exemples sont Take It Or Leave It et Last Nite qui ne sont pas placés en fin de set par hasard). Bien que souvent en retrait pour laisser le rôle de guitar hero à Nick, c’est lui le véritable moteur du groupe par son attitude, sa gestuelle, son engagement, son sourire constant et sa chemise à carreaux. Le seul à vraiment montrer son plaisir (contagieux) d’être de retour sur scène finalement ! À mon sens de loin la note la plus positive du concert. J’omets presque volontairement de parler de Fab qui a définitivement vendu son énergie pour acheter une technique (souvent intéressante mais jamais transcendante) et Nikolai, car je ne serais même pas en mesure de garantir qu’il était présent.


Une heure et quart pour 19 chansons, les enchaînements sont rapides et ça déménage ! Dans sa composition, le set ressemble à ceux de leur tournée estivale de 2010 : sept chansons du premier album, cinq de son successeur (Room On Fire) mais, comme une marque de déni, seulement deux chansons « obligatoires » de First Impressions Of Earth. De leurs derniers concerts, on regrette Soma, 12:51, Heart in a Cage et Vision of Division ; mais on regrette surtout ce à quoi elles ont fait place. Ce qui aurait pu (dû ?) être une découverte prématurée de l’album qui sortira le 18 mars prochain en Suisse n’était finalement qu’un court aperçu puisque seulement cinq chansons, dont trois déjà connues de tous, étaient présentées (bien que l’album soit maintenant en écoute intégrale sur leur site officiel). Les constantes les plus effrayantes qui me semblent se dégager de ces nouvelles compositions sont le « refrain facile » (très sucré, souvent appuyé de backing vocals) et le « solo héroïco-kitsch » (qui échoue complètement là où ses prédécesseurs avaient marqué les esprits par leur efficace simplicité, jusqu'à devenir une des signatures de leur musique). Si, comme les principaux intéressés l'ont reconnu, cet album testera la capacité des autres musiciens à décharger Julian de son omnipotence des trois premiers albums, les semaines à venir risquent d'être difficiles pour Nick, Nikolai, Fab et Albert. Comme on veut tous essayer malgré tout de rester positif à quelques jours de l'échéance, je dois arrêter là ma description des nouveaux titres. Même mieux, je finirai par une nouvelle chanson convaincante : You’re So Right face B du premier single. Une belle construction avec une montée progressive d’intensité; bouillonnante en live. Réussie (et de une !).


Quant à la salle, comme anticipé en considérant l’âge moyen, la foule s’avère plutôt dynamique durant la première moitié du concert, puis un grand nombre d’entre eux cèdent à la fatigue et recule ou se fait sauver par le service de sécurité à l'avant, pour laisser place à une deuxième moitié de concert désagréablement calme qui influence légèrement et négativement le groupe (et moi) dans sa prestation. Mais peu importe les Strokes font toujours autant impression sur scène. Encore un dernier Nite endiablé qui les replace sur le piédestal qu’ils méritent, puis la musique s’arrête. Les Strokes s’en vont. Il est 12.51 am. D’accord, il était 12.15 am. Mais à Las Vegas, temple du spectacle, la vérité n’a pas d’importance.

Un grand merci à notre collaborateur exclusif, Fred.


Setlist
1. I Can’t Win
2. Reptilia
3. Under Cover of Darkness
4. The Modern Age
5. Whatever Happened?
6. Under Control
7. New York City Cops
8. You’re So Right
9. Is This It
10. Juicebox
11. Someday
12. Taken for a Fool
13. Hard to Explain
14. Life is Simple in the Moonlight
15. Take It or Leave It

16. Gratisfaction
17. Automatic Stop
18. You Only Live Once
19. Last Nite

13 mars 2011

MUSIK TANK: RADIOHEAD, éTAIT-CE VRAIMENT NéCESSAIRE?

Photo: Frédéric Gabioud

Bon. Merci, oui merci, ce n'est pas un cadeau que l'on me fait là. Parce qu'en 2011, qui a encore envie de parler de Radiohead? Au présent ou au futur, entendons-nous. Sorti en catimini pour faire "genre" ou parce qu'il faut toujours faire autrement, THE KING OF LIMBS est finalement décortiqué par nos soins. Enfin, pas vraiment l'album.

Toujours faire autrement: oui, Radiohead n'est pas un groupe lambda. Notons pour ceux qui sont parti sur Mars entre 1997 et 2001 qu'en trois albums, le groupe d'Oxford a atteint le sacré Graal, l'orgasme collégial, la Sainte Trinité. Nirvana était mort depuis peu, Oasis éructait ses hymnes alcoolisés, Damon Albarn était en passe de devenir un vrai musicien, mais là, c'était différent. OK COMPUTER, qu'on le veuille ou non, avait mis absolument tout le monde sur le cul. Des morceaux, des putains de morceaux et surtout une grande production. Un modèle, un classique, des jalousies. Encore que, on n'avait rien vu. 2000 – 2001, l'album à deux têtes, KID A et AMNESIAC. Ce truc, sorti en huit mois d'intervale, plaçait Thom Yorke and co. plus près du label Warp que de Parlophone, leur maison–mère, à mi-chemin entre Syd Barrett et Robert Wyatt. Non, franchement, c'était très bien. On ne s'en lasse pas. Un peu plus tard, franchement différent, de nouveau rock  et donc un peu moins intéressant, paraissait HAIL TO THE THIEF. Quelques grands morceaux ("2+2=5", "Where I End and You Begin") indispensables surtout pour lancer les concerts d'alors, dans cette tournée magique, sans doute la meilleure du groupe, en 2003 (l'Auditorium Stravinsky de Montreux s'en souvient encore). Et puis, cette franche rigolade geekish pour laquelle j'avais donné 25 francs helvétiques, IN RAIBOWS, album de climat(s), encore que relativement passionnant.


En fait, vous rigolerez, mais prenez KID A, AMNESIAC et IN RAINBOWS dans ses largeurs pour en faire ce huitième album. Oh, et puis un peu de l'album solo de Thom York, THE ERASER, qu'on regretterait presque alors que notre platine joue "Codex", sixième et antépénultième titre. On parle de ces fameuses sept années de grâce chez un groupe aussi souvent que des trois années de bonheur amoureux. En gros, ça situe le vrai bon Radiohead depuis THE BENDS jusqu'à 2002–2003, à choix. Ensuite, de la redite. Ce qui est énervant finalement, ce n'est pas seulement cette activité coûte que coûte, parce que les gars, ils ont le droit de faire la musique qu'ils veulent et aussi de travailler pour gagner leur vie pour autant qu'un groupe de musique puisse encore rapporter de l'argent, enfin, dans leur cas cela n'a jamais été un problème, pour preuve, qui oserait donner un disque au simple quidam (IN RAINBOWS) alors que tout frais compté, studio, pressage, café, promotion, on ouvrirait un zoo à Lausanne pour moins que cela ? Non, le plus énervant ici, c'est cette constance médiatique de se nourrir de Radiohead alors que le propos n'y est plus (et la croyance en parallèle). Et pourtant, l'ouverture "Bloom" est bonne, free–jazz aérienne sur le fil. Leur génie musical, on le sait, vient en majeure partie des frères Greenwood (bien que Phil Selway et Ed O'Brien ne soient pas des manches non plus). Thom Yorke, c'est un peu le Bono de Radiohead: nécessaire, incriticable et pourtant irritant. Et puis zut, ces gémissements n'ont rien à apporter à ce "Bloom", qu'on mette cette belle rythmique en avant, et cette basse, fabuleuse. Plus de sourdine, Jésus est mort, qu'on laisse le peuple s'exprimer! Next, "Morning Mr Magpie", fantômatique autant sur le fond que la forme. AMNESIAC propose de bien meilleures choses, dix ans auparavant. "Little By Little", mon Dieu, c'est vraiment embêtant d'avouer en public son manque d'inspiration. Parlons plutôt de la pochette, une histoire du moche à elle seule. De pipe, ça fait du bien de voir du vrai moche une fois, alors qu'on n'est que trop habitué à du faux joli constamment. Cette belle font en transparence, des fantômes et une forêt en toile de fond. Rien à redire, du vrai bon boulot, ça donne. A part cela, "Feral" est assez bon, quoiqu'encore une fois proche du vrai bon Radiohead des années 00.


En signe de protestation, je ne finirai pas ma chronique convenablement. A l'image de "Give Up The Ghost", ne plus avancer depuis 2003 et donc se retrouver largué en 2011. Mais pire, perdre ses fans par trop de convenance ou de suffisance. Qui aurait pu prédire pareille déchéance au temps du changement de millénaire? "Mieux vaut être brûlé vif que mourir à petit feux" : finalement, Kurt Cobain n'a pas dit que des choses bêtes. Il est vrai que c'est franchement ennuyant de se retrouver face à cette daube qu'est THE KING OF LIMBS alors qu'on a connu une telle flamboyance chez un groupe qui a tout de même permis à des Animal Collective d'éclore ou à des Massive Attack de vivre de leur soupe. En 2011, Radiohead pense faire différemment à défaut de tenter de bien faire.  37 minutes, par une de plus. Voici le premier album de Radiohead que je n'achèterai pas. A quand la reprise?

12 mars 2011

A Mort la World Music

Illustration: Matthieu Lavanchy
Deux compils, une signé du label français Pan European Recording et une autre réunissant des réinterprétations des congotronics par différents artistes, font les beaux jours de la musique hybride. Mêlant les influences et les sonorités, elles sont de parfaites armes pour mettre définitivement à mort le concept nationaliste et colonial de World Music.

La World Music, quelle expression atroce ! Ca fait tout de suite ringard, ça sent le vieux pancho et les tissus africains, oui ! mais portés par de vieux blancs babas aux seins qui tombent. Devenue une marque incontournable depuis les années 80, dans les rayons des disquaires mais aussi en vente à côté du café brésilien et des beedies, ce concept de World Music, sous ces aires de bonne conscience multiculturelle, est en fait des plus problématiques. Déjà, « musique du monde », ça ne veut pas dire grand chose. Surtout quand on se penche dans les rayons ainsi nommés, qu’est-ce que l’on trouve ? A vrai dire, tout et n’importe quoi. De la musique africaine, latino mais aussi nombres de folklores différents. Pour mieux comprendre la signification de cette catégorie, il faut se demander ce qu’on ne trouve pas sous l’étiquette « World Music ». Tout d’abord, le folklore ou la chanson de son propre pays (country). Ainsi la notion de World Music devient une sorte d’équivalent de ce qui était nommé barbare dans la Grèce Antique. Est de la World Music, tout ce qui vient d’ailleurs, tout ce qui n’est pas de chez nous. Jacques Brel sera considéré comme de la Chanson en France mais sera rangé sous World Music aux Etats-Unis. Cette mise en parallèle avec la barbarie est d’autant plus éclairante lorsqu’on pense que ce qui échappe également à la dénomination de World Music est ce qu’on appelle le pop/rock. En effet, les Grecs voyaient dans les barbares non seulement des étrangers mais surtout des gens qui ne parlaient pas leur langue (le mot « barbare » étant à la base une onomatopée singeant celui qui ne parlant pas la langue grecque semble n’émettre que des sons incompréhensibles), c’est-à-dire des populations non civilisées car n’appartenant pas à la civilisation grecque, langue et civilisation étant profondément liées chez les Grecs. Cette vision, encore une fois ethnocentriste, prétend exclure les autres de la civilisation moderne et c’est bien ce qui est en jeux dans l’exclusion des musiciens africains ou latino hors de la catégorie pop/rock. Confiner Fela Kuti, Omar Souleyman, Group Doueh ou Os Mutantes dans la World Music, c’est leur refuser le statut de modernité attaché aux genres pop-rock ou électro. La World Music dit au niveau musical la même chose que le discours sur l’Afrique de Sarkozy à Dakar: l’homme (le musicien) africain vivrait au rythme des saisons et ne serait pas encore entré dans l’Histoire. Une telle affirmation est évidemment scandaleuse. En quoi, l’Afrique serait-elle moins dans l’Histoire que l’Europe ? N’a-t-elle pas connu des mobilisations, des changements économiques ? Ne subit-elle pas les décisions iniques et les conséquences du système mondial néolibérale, tout comme l’Europe et les Etats-Unis ? De même, le concept de World Music tend à refuser tout forme de modernité artistique aux groupes venant du tiers monde et à les réduire toujours à une forme de tradition (notamment en les associant à des groupes effectivement traditionnels, tels que le folklore européen, des Balkans à l’Irlande), à une musique statique ne connaissant ni l’évolution du monde ni celle de la musique. Mais en quoi, le Group Doueh serait-il moins moderne ou plus traditionnel que Oasis par exemple ?


Alors à mort la World Music et vive la musique postcoloniale. Heureusement, on voit aujourd’hui celle-ci s’esquisser, de plus en plus de groupes à la pointe se réclamant d’influence africaine ou latino. Les rythmiques et les mélodies à force d’être passées de mains en mains sont sans origine contrôlée et c’est tant mieux. De plus en plus, on voit émerger une musique hybride. Il faut comprendre cette notion d’hybridité, au sens où l’entend Homi K. Bhabha dans « Les lieux de la culture », c’est-à-dire un refus du binaire, entre occident et tiers-monde, entre Afrique et Europe, entre tradition et modernité, transcendé dans une absence de hiérarchie. Cette forme de musique est à l’honneur dans deux excellentes compils sorties récemment. D’abord et surtout, le projet palpitant TRADI-MODS VS ROCKERS. Derrière ce titre, il s’agit en fait de réinterprétations par différentes formations de chansons issues des congotronics, séries musicales de groupes congolais mêlant traditionnel et moderne ou plutôt remettant en cause leur opposition. Parmi ces groupes, il y a notamment Kasai Allstars, Basokin, Masanka Sankayi et surtout, les plus connus, Konono n°1. Ce groupe, nominé pour un Grammy Award, est parmi les plus innovateurs et les plus influents. Et ils sont en concert au Bad Bonn de Düdingen le 16 mars, vous savez cette salle géniale où, paraît-il, il y a aussi un festival. C’est peu dire que ce concert est à ne pas manquer. Bon pour revenir à la compil, chaque titre est donc la réinterprétation par un groupe différent de chansons issues des congotronics. L’hybridité est donc ici à rallonge, celle initiale des tradi-mods congolais étant remodelée par des groupes à la pointe de la musique occidentale actuelle mais assumant l’influence des groupes congolais. C’est donc parfait, on ne sait plus qui est moderne, qui est traditionnel, si c’est les groupes africains qui pimpent leur musique à l’aide d’influence occidentale ou le contraire. Le projet TRADI-MODS VS ROCKERS est d’autant plus passionnant que les nouvelles versions sont véritablement des réinterprétations et pas de simples remixes, certains groupes ajoutent leur voix ou des instruments aux chansons de base, d’autres les rejouent, d’autres encore en modifient le rythme. Si bien qu’à moins d’être expert, on ne sait plus qu’est-ce qui vient de qui. Hybridité sans hiérarchie, on vous dit. Pour les groupes de "rockers" choisis, si la plupart sont inconnus de nos services, on ne peut que se réjouir de la présence d’Animal Collective, qui en compagnie du Kasai Allstar, sortent une chanson syncopée parfaite pour partir en transe. Notons aussi la collaboration excellente des furieux kraut de Oneida avec Konono n°1 pour un Nombre 1 ! de folie ; et, toujours avec ces derniers, celle de Micachu and the Shape tout en bidouillage et electronica de gadget. Le tout est trop bouillonnant pour qu’on s’arrête sur chacune des 26 chansons, passant de la musique classique à l’électro déjantée avec un détour par la salsa. Pour finir, mentionnons néanmoins la présence dans la distribution de Deerhoof, Andrew Bird, Tussle ou encore le mystérieux E+E. Ecouter le tout à la suite peut lasser, mais plus on y retourne, plus on est fasciné par le côté passionnant de cette musique puissante aux multiples facettes, comme échappant à toute norme préconçue, à tout centre de gravité, ni africaine, ni occidentale mais les deux à la fois.


La deuxième compil a pour titre VOYAGE II. MORT POUR LA FRANCE. FRENCH UNDERGROUND VOODOO MUSIC. Tout un programme ! Elle nous vient d’un des labels les plus excitants du moment, Pan European Recording. Ici, bien sûr le mélange d’influences et d’origines peut paraître moins fort, du fait que tous les groupes sont français et que certains titres touchent à des genres plutôt habituels comme le folk ou la chanson. Mais si le côté postcoloniale est certes moins important, les artistes et la compil elle-même n’en sont pas moins hybrides, jouant avec les différents styles, guignant parfois aussi bien du côté du Brian Jonestown Massacre que de ceux du krautrock ou de la chansons épiques, tout en étant résolument moderne. Bienvenue dans une musique des bayous, des caves, des vieilles cabanes. VOYAGE II est vraiment un disque impressionnant de par la diversité des sons qu’il offre. On y trouve de vraies bizarreries comme Russians de The Service, qui rappelle vaguement le post punk déviant allemand, le tout chanté avec un accent russe, ou la ritournelle électro Emile de White et Sticky. On peut tout de même décerner deux principales tendances : d’abord le rock garage légèrement diabolique, illustré ici par Juan Trip et les Ordinateurs, et les excellents Kill For Total Peace. De l’autre, des chansons nourries à l’influence allemande kraut-kosmische Musik avec Turzi, Chicros ou encore My Girlfriend Is Better Than Yours. Si le tout est de très bonne qualité, dans ce voyage à mort de la France, il y a trois étapes magnifiques à ne pas manquer. En effet, Pan European Recording a la chance de compter dans ses rangs de véritables pépites, à commencer par Mohinni Geisweiller, accompagnée ici par Mogadishow. L’ancienne chanteuse des regrettés Sex In Dallas signe ici une chanson magnifique, Ordinary Shares, plus belle que ce qu’Air avait fait avec Charlotte Gainsbourg. Sa voix mélancolique nous cloue au son de « Nights become Days ». On retrouve également l’excellent Etienne Jaumet, qui nous a littéralement scotché lors du dernier concert de Zombie Zombie. Sur cette compil, il prouve une fois de plus avec Tuner 2 tout son talent dans l’art de faire évoluer des sons, d’apparence simple, jusqu’à une explosion rythmique hallucinante qui finit sur une pluie fine de synthés. Pour finir et on a gardé le meilleur pour la fin, bien que sa chanson fasse office d’ouverture à VOYAGE II, chez Pan American, il y a bien évidemment Koudlam. Avec I Will Fade Away, en moins de 1 minute 15, il met tout le monde à l’amende. Dans son style de dandy post apocalyptique, il dégaine la chanson émouvante à mourir. Avec VOYAGE II, on ne sait plus si la France est devenu voodoo ou le voodoo français, tout ce qu’on sait c’est que l’aventure et le bizarre est désormais partout, ici comme ailleurs.

10 mars 2011

Tankino : winter’s bone

Illustration: Pierre Girardin
En plein cœur des Etats-Unis, c’est-à-dire dans le trou du cul du monde, une fille part à la recherche de son père. Une quête douloureuse. Un vrai western moderne. Deux ans après le magnifique The Road, c’est de nouveau d’un réalisateur inconnu (Debra Granick) que vient la très bonne surprise du cinéma américain indépendant. En même temps cette fois on était prévenu, Winter’s Bone a gagné le grand prix du jury à Sundance.

Avant toute chose, la photographie de Winter’s Bone est juste vraiment magnifique et rappelle furieusement celle du génial (ah oui c’est vrai je l’ai déjà dit qu’il était super ce film) The Road. Ici aussi, on est scotché par cette esthétique de fin du monde. A la saison morte, les feuilles et la campagne n’oscillent qu’entre le marron et le gris. Ceux qui sont venus voir des loups criant à la lune auxquels l’affiche du film fait penser seront déçus. A l’exacte contraire du Los Angeles de Sofia Coppola, Winter’s Bone donne à voir un centre des Etats-Unis hors du monde, presque hors de la vie. Les êtres qui le peuplent ne sont là que pour survivre et les écureuils pour être écorchés. Chacun vit dans sa petite maison individuelle, plus proche de la caravane que de la maison, où si la pauvreté est toujours là, la chaleur peut exister. Ce monde semble totalement détaché du monde extérieur, si ce n’est via le trafic de méthamphétamines. La présence de cette drogue dans la région montre l’impact négatif de l’économie globale sur cette région reculée. Ses marques se lisent tant dans la pauvreté et la dureté des gens que dans leurs aspects physiques. Rappelons que ce le ravage provoqué par la présence des meths sur les régions rurales des Etats-Unis a été plus d’une fois analysé. C’est au milieu des maisons brulées, des picks-up, que se déroule la quête de l’héroïne de 17 ans, Ree, interprétée par Jennifer Lawrence, bouleversante par la simplicité de son jeu et par l’émotion que ses mains dans les poches et son regard contiennent. Elle doit partir à la recherche de son père, pour lui demander de se présenter à la justice, car sa fuite causerait la perte de la maison pour Ree, sa mère malade, son frère et sa sœur. Cette quête aura un tempo plutôt lent et se concentrera dans des distances très courtes, c’est à peine si l‘on a besoin d’une voiture. Comme dans toute quête, les étapes se font au rythme des différents personnages, tournant autour du père, toujours absent, véritable spectre, entre vie et mort, entre héro et traître. De son frère, Teardrop, interprété magnifiquement par John Hawkes, jusqu’au terrible Thumb au physique de buffle, en passant par les femmes au visage de toxico, chaque rencontre se fera dans la violence et le sang, que ce soit celui de la parenté ou des coups. Le corps impressionnant de Thumb sera peut-être le seul à être montré de façon distincte dans le film. Car Winter’s Bone montre avant tout des visages, filmés de près. Lieu d’émotions, marqués par la drogue ou les blessures, ce sont en eux que se jouent les tensions entre les personnages de la quête, toujours entre la menace et la compréhension, mais c’est également sur eux que la joie peut parfois se lire.


La quête de Ree dans cet univers noir se donne véritablement à voir comme un western moderne, que ce soit par son rythme très lent, ou par sa façon de présenter toute relation entre individus comme une forme de duel, mais surtout dans sa morale. Dans ce monde, chacun doit faire ce qu’il a à faire. Ree doit chercher son père mais ne doit pas le dénoncer, Teardrop doit couvrir son frère et le venger au cas où, les femmes doivent éloigner les curieux. Ici les comptes se règlent entre hommes, ce sont eux qui décident même si au final, seules les femmes seront amenées à faire le sale boulot. Ce patriarcat est un des éléments qui donnent une coloration forte du film. À l’instar de ce qu’avait fait Jacques Audiard avec Un Prophète, Winter’s Bone ne porte pas un jugement sur les personnages qui le peuplent. Il les montre existant dans une situation donnée, chez Audiard la prison, ici le monde rural marqué par la pauvreté et le trafic de meths, et agissant en conséquence. Ree sait ce qu’elle doit faire, trouver le moyen de garder sa maison pour rester auprès de sa famille, et si tout le monde ne la laisse pas faire, tout le monde la comprend, et comprend même qu’elle doit aller jusqu’au bout. Pour triste que semble être cette quête, elle finira pourtant non sans un certain bonheur. Au lac sombre, se substitueront le feu des souvenirs et la réconciliation, magnifiquement filmée dans un moment de banjo où la réalisatrice évite l’écueil de la pâmoison finale du splendide pour rester dans le registre qui fait la force et la beauté de ce film, un réalisme bouleversant de lyrisme. C’est bien là le côté incroyablement réussi de Winter’s Bone, qui se tient sans cesse entre le mythe et la réalité, entre la quête initiatique et le décor naturaliste. À l’inverse du misérabilisme ou de l’austérité qui marquent la plupart des films portant sur des réalités sociales définies, Debra Granick réussit l’exploit de faire un portrait de la réalité dans ce qu’elle a de lyrique, sans pour autant que cette dimension en anesthésie la matérialité à force d’esthétisme emphatique.


Ah oui ! J’ai failli oublier de dire que la musique, elle aussi très belle de sobriété, est signée par Dickon Hinchliffe de Tindersticks. Encore un bon point pour Winter’s Bone.



7 mars 2011

TT TV: ANTIGEL FESTIVAL / NATHAN FAKE EN INTERVIEW



Deuxième partie de notre reportage sur le festival Antigel à Genève: l'Eté en Hiver bouclait deux semaines de performances et de concerts sous forme de "migrations artistiques" (il a fallu trois ans de gestation pour voir cet événement naître). Après James Yuill et Luke Abbott, place à un compatriote et collègue de label de ce dernier, Nathan Fake. A même pas 25 ans, le néo-londonien a déjà une aura de vieux limier de l'électro. Autant dire que ce fut un grand honneur pour Think Tank de le rencontrer, sous le vélodrome du Vel d'Hiv.

6 mars 2011

MUSIK TANK: DOUBLE DISCO / DISCODEINE + TORO Y MOI

Photo: Chazwick Bundick

Nous en avions brièvement parlé le mois passé dans notre TT Speaches: Discodeine avait laché un bien bel premier album en cette fin d'hiver. Dans le même temps, Toro Y Moi ne s'était pas laissé démonter en livrant sa bombe post-disco UNDERNEATH THE PINE. Discodeine et Toro Y Moi: deux nationalités, deux façons d'envisager la rotation de la boule disco, mais surtout deux tubes.

Décidément, Think Tank s'émeut pour le booty-shaking et après Rainbow Arabia, on sort notre loupe sur deux autres faiseurs de rythmes, signe de l'excellente santé d'un genre large et polymorphe. Attention, à ce rythme-là, nous pourrions en faire un grand dossier. Enfin, suivons l'actualité. Saïnath, collaborateur de la rubrique Tankino: "et personne ne parle de Radiohead?". Oups, non. Pas encore. Il faudra vraiment s'y mettre. Deuxième offensive: "j'encenserai volontiers le dernier Toro Y Moi, pour lequel je donnerai les mêmes qualités que pour The Go Team en matière de positivité, la légèreté en plus. C'est le genre de groove dont je ne me lasse pas depuis des semaine". Oui! Très bien vu! Léger tu veux dire? Cela se discute. Il a fallu du temps pour rentrer dans ce UNDERNEATH THE PINE. Première clé d'accès, forcément, le tube: New Beat, titre pour lequel Jamie Lidell, Chromeo et même Prince nous a-t-on dit s'ouvriraient les veines devant une telle implacabilité. L'été n'est pas loin, ô si, et franchement, on ne va pas se gêner de faire tourner le disque lors de TT Parties ou autres frivolités. Comme si soudain MGMT avait fait une cure d'amaigrissement et que Quincy Jones s'était relancé dans la course. Imparable. Il ne faut pas s'étonner ceci dit: ce ricain signé chez Carpark Records (Beach House, Dan Deacon ou Cloud Nothing étant les choses les plus accessibles du catalogue), œuvre depuis la fin des années 00 sur le devant de la scène indie, catégorie, hum, chillwave. Enfin, tentons d'abolir cette curieuse et gênante étiquette: Chazwick Bundick fait de la pop, un point c'est tout. Proche d'un Ariel Pink, ce natif de Columbia avait sorti l'an passé déjà son premier LP, CAUSERS OF THIS. On avait cru voir un énième représentant honorable et sympathique, sans plus, d'une scène cool. Étonnement il y eu donc, ce 27 octobre dernier au Exile de Zürich. On supportait notre ami Buvette, ouvrant pour Toro Y Moi. On n'en attendait rien du main band. Triple baffe. En tout cas; ce n'est pas souvent qu'on a le sourire durant tout un concert, alors qu'on ne connaît que vaguement les titres. A trois sur scène, le groupe développait une électro pop redoutable, tourbillonnant dans les recoins de la salle, empruntant mille chemins avant de conclure magnifiquement en un refrain imparable ou une ligne de basse démente, au choix. J'en avais fait un de mes top concerts de 2010 seulement précédé par des pointures comme le Sun Ra Arkestra ou encore The Whitest Boy Alive.


Nouvel album donc pour Chazwick Bundick. Oui Saïnath, ça groove: outre la pépite New Beat, Still Sound a pas mal d'arguments à faire valoir sur le dancefloor, en plus diffus, son solo de clavier amenant un bridge aérien, avant, encore une fois, de reprendre ce fameux groove. Et pourtant, cette séduction à la cabriole n'est jamais gratuite. Intro/Chi-Chi reprend les codes de Air ou Boards of Canada, le bien-nommé instrumental Divina pourrait être joué en clôture d'un film de fille Coppola, Before I'm Done est un exemple de sunshine pop sans autre prétention que d'être belle ou d'introduire le funk Got Blinded. On ne va pas tout disséquer, mais terminons par le morceau de notre choix, Go With You résumant le propos de ce deuxième album de Toro Y Moi: une pop futée, pas gratuite mais rivalisant avec n'importe quel pète-sec de charts, les compteurs et les dollars dans les yeux. Il faut faire jouer Toro Y Moi cet été. C'est obligé.


Double disco donc: un petit peu plus accessible à priori sur la forme. Discodeine, de Paris / France, (label Dirty / Pschent), présente enfin son premier album – éponyme – soigneusement introduit par Singular. Ici, Singular se dit plus "Sinegoular" qu'avec la prononciation anglophone: le très prolixe Matias Aguayo, chilien signé chez Kompakt, partage sa science des rythmes avec le duo Pilooski / Pentile. Et selon ces derniers, Discodeine n'est que "club music and intensity, voodoo, chicago house, futuristic disco, jackin' techno, analog basslines, ring modulation, krautdisco, mascarpone and chianti". Mascarpone et chianti: en voilà un bon pense-bête au moment de mémoriser ce bien bel premier LP. De l'Italian Disco en veux-tu en voilà. Jarvis Cocker, présent sur le tube Synchronize en rit encore. Certains s'offusqueront de la présence sur ce titre du plus français des brittons, président des nerds et meilleur romancier des vices de Grande Bretagne depuis Morrissey. Nous, on s'est autant marré que lors de la présence surprise d'Antony Hegarty sur le projet Hercules and Love Affaire (Blind). DISCODEINE a toutefois un tout petit plus profond à proposer. Figures In A Soundcape n'a rien à envier à du Nathan Fake, Antiphonie fout les jeton un moment (on dirait du Soap&Skin), avant de se transcender en torpille minimale à ascendance italienne. Parfait pour lancer un DJ Set d'enfer / en Enfer (Chloé, tiens-toi bien). Le duo a remixé James Murphy / LCD Soundsystem, et on dû flipper autant que nous sur l'incroyable New York I Love You. En digne réponse ou hommage, ils ont eu l'excellente idée d'envoyer un carton d'invitation à Baxter Dury pour la ballade à la Bowie D–A. Baxter Dury est mieux qu'un fils de  (Ian), comme pour donner encore plus d'âme à cet album surprenant. Pas forcément facile de faire rimer électro et album. Ici, Discodeine réussit le coup, et ce brillamment. On s'attendait plus à se retrouver face à de l'électro bubblegum dans la lignée de Kavinsky ou autres. En voilà une autre baffe. Toro Y Moi, Discodeine, deux groupes, deux confirmations d'un talent alors latent sur fond de demi–surprise, et deux tubes qu'on partage avec vous.





5 mars 2011

Musik Tank : Rainbow Arabia, BOYS AND DIAMOND

Illustration: Vincent Tille
Rainbow Arabia sortent leur premier album après quelques EP prometteurs. Leur mélange, désormais habituel, de sonorités africaines et de pop délurée passe donc l’épreuve toujours difficile de la longueur et de la hi-fisation. C’est moins sale mais on remue plus son booty

Après des années de règne d’une scène underground radicale sévissant autour du Smell avec les premiers Ariel Pink, Health, No Age ou encore Geneva Jacuzzi, Los Angeles voit, surtout depuis l’année dernière, une vague de hi-fisation de sa musique, avec des disques produits de façons beaucoup plus propres mais aussi des sonorités plus proches de quelque chose de dansant voir de mainstream. Mais, on le sait, aux Etats-Unis et encore plus à Los Angeles, les frontières entre hi-fi et lo-fi, entre underground et mainstream, sont loin d’être étanches, du moins beaucoup moins qu’en Europe. Ainsi 2010 a vu paraître des albums beaucoup moins underground dans la production des groupes susnommés : Ariel Pink, No Age et Health un peu plus tôt. Si ce lissage relatif du son de ces groupes a pu, parfois à raison, décevoir les fans des inventions bordéliques de la première heure, il n’empêche qu’une telle capacité à changer de registre, à rendre sa musique plus accessible sur des albums vraiment bons, est proprement ahurissante. C’est cette étape que Rainbow Arabia passe avec BOYS AND DIAMOND. A ses risques et périls.


Jusqu’à présent, Rainbow Arabia m’a toujours bien plus, sans m’emballer totalement, avec des chansons comme Holiday in Congo et surtout le super clip de Omar K (la danse de la petite fille me rend fou). Néanmoins, c’est avec plaisir que je partais à la découverte de BOYS AND DIAMOND. Et disons le directement, le passage à l’étape hi-fi est une vraie réussite. Fini les petits sons un peu timides et simples, qui faisaient peut-être le charme des premières chansons, mais qui ne pouvaient que finir par sonner limités. Rainbow Arabia osent y aller gaiement et convoquer des beats qui claquent, empruntant des sonorités africaines mais aussi hip hop. On ne dira jamais assez quel bien cela représente pour les musiciens américains d’écouter du hip hop, contrairement à la plupart de leurs homologues européens. L’album commence très fort avec Boys And Diamond, parfait mélange entre beat syncopé et bruissement exotique et surtout le single Without You. Franchement, c’est juste magnifique de voir un groupe classé vaguement dans l’underground ou le hip, se lancer tête baissée dans une telle pop euphorique. Surtout parce que le résultat est réussi. Ici on pense à ce qui s’est fait de mieux dans le genre : Tom Tom Club pour l’énergie et Kid Creole and the Coconuts pour la variation potache des sons et des ambiances. Without You n’est peut-être pas du meilleur goût mais on a envie de l’écouter en se levant, en allant bientôt se baigner et surtout danser dessus. Sur tout BOYS AND DIAMOND, Rainbow Arabia ne baisseront pas l’allure et garderont cette recette à base de rythme épique et de sons venant de partout. La voix de la chanteuse parvient à insuffler une énergie pop et bizarre à la fois. Ici on pense à la Fever Ray de Triangle Walks. Cette ressemblance est encore plus forte sur les titres plus lents de BOYS AND DIAMOND : Hai et Mechanical. Avec la première, on entre dans un tourbillon qui commence comme du chamanisme pour se transubstancer mine de rien en un r’n’b dubstep. Pour ceux qui hésitent encore, on recommandera d’essayer This Life is Practise. Oui c’est très pop, oui c’est pas toujours génial, mais qu’est-ce que c’est bon et direct.

4 mars 2011

TT Trip : Lucky Dragons à Milan

Photo: Tiphanie Mall
Décidément, l’équipe de TT ne tient pas en place et se joue des frontières. Lucky Dragons étaient en concert à l’aquarium de Milan. On vous dit tout et même un peu plus.
Le 24 mars, la fashion week battait son plein à Milan. Mais (malheureusement), Think Tank n’a pas encore accès aux défilés et aux open bars. Ce n’est que partie remise. Si on s’est déplacé dans la ville lombarde, au delà de l’envie de focacia, de glaces et de pizza, c’était avant tout pour assister au concert des super Lucky Dragons. Milan oblige, le concert est quasi secret, même pas annoncé sur le myspace du groupe, et il a fallu tout le talent d’information de notre guide locale pour qu’on dégotte ce concert. Passé les bizarreries milanaises de devoir devenir membre d’une association pour pouvoir assister au concert, on parvient à rentrer dans le lieu du concert : l’acquario civico di Milano. Et attention, il ne s’agit pas d’un simple nom de salle. Non, le concert des Lucky Dragons avait bel et bien eu lieu dans un aquarium avec des poissons et tout, et pas n’importe lequel, c’est le troisième plus vieux d’Europe, le groupe jouant plus précisément dans le jardin d’hiver de l’aquarium. Ouah !


On entre vite dans la salle pour s’asseoir en tailleur dans le rond de personnes ébahies qui entoure Luke Fishbeck, tout seul pour représenter les Lucky Dragons ce soir. Mais pas tout à fait seul en fin de compte car, comme le déclarait l’autre membre habituelle du groupe, Sarah Rara, lors d’une interview, le groupe a une vision bien particulière de fonctionner lors des concerts : « Nos performances en live sont conçues pour générer des situations où le pouvoir est partagé de manière égale entre les membres du public et nous même. » Ainsi tout le monde est convié pour passer des disques détruits dans un rayon lumineux afin de varier le son. Des cordes de laines colorées se déroulent dans la salle et, pour produire un son, il faut que les différentes personnes se donnent la main. Ce côté participatif est vraiment bien. Ca a beau avoir un aspect un peu gentillet, à la limite du club med, et on se serait franchement passé de la grande blonde qui tapait sans conviction ni discernement sur une cymbale juste derrière nous. Mais voir toutes ces mines réjouies, cela fait plaisir et ça change de tous ces concerts où tout le monde s’ennuie en dodelinant de la tête. La configuration groupe sur scène d’un coté et en dessous une audience passive, cela fait du bien de la voir être chamboulée de temps en temps. Mais surtout au delà de cet aspect participatif, la musique produite en live par les Lucky Dragons est vraiment bonne. A partir de petits sons, proches de bruits du quotidien, mis en boucle, une musique advient à la fois entêtante et jouissive. Une électro entre le bricolage, le ludique et la transe. On est là assis en tailleur, tout heureux de se laisser emporter par les vagues de sons et de partager ce moment. Les Lucky Dragons jouent donc dans une catégorie proche de la performance sonore et on ne se précipitera pas pour acheter leurs albums (bien qu’en 11 ans de carrière ils en aient sorti la bagatelle de 19 pour certains très bons) tant c’est les dimensions d’improvisation et de collectivité qui plaisent le plus et semblent inséparables du live. Bon le seul bémol de ce concert, c’est qu’il a duré très peu de temps, à peine plus de vingt minutes. En même temps, ça a permis à la délégation de Think Tank de retourner admirer les thons, les poissons qui ressemblent à du homard et autres visages de raies vus d’en dessous. Bref un bilan très positif pour ce concert chaleureux et planant au milieu d’un endroit magnifique, dans une scène milanaise qui nous réserva plusieurs surprises liées aux différences culturelles. Ainsi nous sommes en mesure de vous révéler que la tecktonik se danse toujours dans les after milanaises et qu’il existe des jeunes qui ne connaissent pas Snoop Dog.




Photos: Tiphanie Mall

3 mars 2011

TANKINO : TRUE GRIT

Illustration : Saïnath Bovay
Adapté du roman de Charles Portis et déjà porté à l’écran par Henry Hathaway en 1969 avec John Wayne, True Grit permet aux talentueux frères Coen de croquer à pleines dents dans un genre qui peut leur sied à merveille : le western. Avec ses règles strictes, son ambiance unique, ses lieux cultes et ses récits tantôt austères, tantôt loufoques, il est un genre qui semblait fait pour réunir les nombreuses qualités des cinéastes frangins. Quid ?

Il faut se l’avouer : le synopsis et la bande-annonce ne cassaient pas des briques. Si ce n’est la (très bonne) utilisation de God’s Gonna Cut You Down de Johnny Cash qui monte tranquillement en puissance, le teaser nous montre une gamine partie à la chasse à l’homme aidée par deux lascars à éperons. Honnêtement, l’histoire d’une fillette de 14 ans plongée dans un monde de brutes alcoolisées et fort habiles du colt pour retrouver son papa tué par un méchant, relève de la comptine pour enfants et c’était à se demander ce que les Coen allaient chercher dans cette adaptation peu originale. Mais bon, on y va, car c’est les Coen ! Une autre raison ? Le retour de Jeff Bridges filmé par ceux qui ont fait de lui, il y a treize ans, l’un des meilleurs personnages coeniens : « the dude » dans The Big Lebowski. Comme attendu, la trame du film est plutôt simpliste. Après avoir réussi à décider le Marshal (Jeff Bridges), Mattie Ross (Halee Steinfeld – assez justement nominée aux Oscars) part en territoire indien accompagné du Marshal et d’un Texas ranger incarné par Matt Damon. Après quelques fusillades, de règlements de compte entre le ranger et le Marshal, de mini suspenses et de très beaux plans larges, l’histoire s’accélère vers l’heure et demie avec une très belle scène de duel à cheval ainsi qu’un dénouement attendu. Et c’est tout. Mais bon, c’est les Coen.

Pourtant, comme prévenu plus haut, le western avait tout pour laisser exploser l’immense talent des Coen. On avait pu en avoir un certain aperçu dans No Country For Old Men (classifié par certains de « western moderne ») qui fut une réussite totale (leur meilleur film ?). True Grit – qui veut dire « avoir du cran » ou « vrai courage » pour les Québécois – réutilise le thème de la « chasse à l’homme », sauf qu’ici la tension dramaturgique, si présente dans No Country…, n’effleure jamais vraiment le spectateur. L’histoire a franchement de la peine à décoller, et l’humour (pourtant la « patte » des Coen, si merveilleux dans le très sous-estimé A Serious Man) est très faible. Alors quand les deux meilleures armes des deux réalisateurs manquent, que reste-t-il pour ne pas renier ce film ? Serait-ce la musique, avec le complice de longue date des Coen, Carter Burwell qui, il est vrai, par moments, illumine le film ? Seraient-ce ces plans larges grandioses, où les frangins retrouvent le plaisir des scènes tournées sous la neige (retour à Fargo) ? Ou serait-ce alors un conte qu’il faut aller chercher derrière ce film déguisé en un western : la petite fille, la traversée de la rivière, un ours sur un cheval, un médecin, un fou, un pendu au milieu d’une forêt lugubre, un rodéo macabre, la gamine qui se retrouve au fond d’un trou (Alice n’est pas loin) près des morts… C’est vrai que le conte est une autre arme puissante des Coen (le mythologico-comique O’Brother). Le film bascule vers un autre niveau quand le Marshal Cogburn traverse cette nuit surréelle emmenant Mattie blessée sur le poney noir qu’elle avait acheté au début du film, ce poney noir qui devient alors cheval impérial pour son ultime voyage, avant que Cogburn porte Mattie dans ses bras. Ici on touche à du grand Coen. Mais c’est malheureusement un peu tard puisque le film se termine juste après.

Un joli film, bien sûr, un casting classe (on est déçu de voir le peu de temps accordé à Josh Brolin qui est excellent) et une histoire touchante à la manière de The Barber (Coen, 2001), sans rebondissements et sans réels éclats de génie, chose à laquelle les Coen nous avait habitués. Cette tranquille et agréable ambiance, qui n’énerve pas, qui ne transcende pas, mais qui fait mouche (plus gros succès commercial des Coen au box-office américain, dix nominations aux Oscars – dont celles du meilleur réalisateur et meilleur film – mais n’en reçoit aucune) a peut-être son explication au générique de fin. On y retrouve un certain Steven Spielberg en producteur délégué du film (celui qui peut être à l’initiative du projet), grand réalisateur, certes, mais de plus en plus conventionnel et normalisé. Deux termes qui peuvent convenir à True Grit : un film qui n’a ironiquement pas vraiment de cran. Mais bon, c’est les Coen, et on leur pardonnera.

2 mars 2011

TT TV: ANTIGEL FESTIVAL / JAMES YUILL EN INTERVIEW




Le Festival Antigel, premier du nom sur sol genevois, bouclait une stupéfiante quinzaine avec un petit zigzag artistique au vélodrome du Vel d'Hiv et à ses salles adjacentes: l'Eté en Hiver. Première partie de notre reportage avec, en prime, une interview du britannique James Yuill, durant le set de son compatriote Luke Abbott. En deuxième partie, interview et live de Nathan Fake.