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22 avr. 2011

TANKART: Tony Oursler à Milan

Illustration: Artificial Hazard, Tony Oursler, 2010


Deuxième escapade à Milan pour le grupetto Think Tank, ciblée cette fois–ci Foire du Meuble (ou Semaine du design selon les traducteurs), festival électro–rock Elita, puis quelques galeries et musées, dont le Padiglione d'Arte Contemporana qui présentait une large rétrospective de l'art vidéo biscornu de l'Américain Tony Oursler. 

Milan n'est plus Milan lors de la Semaine du design nous dit–on. C'est en partie vrai: c'est très international, on s'amuse à croiser des têtes connues, à déambuler dans des showrooms aussi fantaisistes qu'épatants, on visite les stands d'écoles d'art allemandes, néerlandaises ou suisses (à noter l'excellente présence de la HEAD de Genève, avec un projet supervisé par Matali Crasset, fort remarqué et confirmant le retour en force de cette institution du bout du lac, alors que d'autres se ghettoïsent dans le quartier chic par trop d'arrivisme), mais une chose reste. On apprend à connaître cette ville avant tout par ses terrasses, ses petits apéros bienvenus, sa bonne ambiance, enfin l'Italie quoi. Notre fidèle guide locale Natalie nous a proposé cette fois–ci une exposition de haut–vol: l'artiste new–yorkais Tony Oursler (1957), au Pavillon d'Art Contemporain, le PAC, sous le nom Open Obscura, curaté par Gianni Mercurio (deux belles monographies sur David LaChapelle et Keith Haring notamment) et le critique d'art Demetrio Paparoni. «De même que la technique du collage a évincé la peinture à l'huile, ainsi le tube cathodique remplacera la toile». Fort de ce constat signé Nam June Paik, Tony Oursler s'ancre dans ce concept a priori abstrait d'installation vidéo, où l'image se maque à la forme, à l'objet, des poupées sculptées ici. Bien des situations rappellent des scénographies de théâtre ou de cinéma dans lesquelles des hommes opressés, dérangés, marginaux, s'expriment sur leur destin*.

Au PAC, Tony Oursler exposait une série d'installations de ces dix dernières années, tout comme ses projets musicaux et liés à Internet. Première pièce et premier fait d'importance: "Untitled", réalisé en 2010. Une sculpture hybride, en matériaux de récupération, des bijoux fait de bric et de broc qui y pendent ainsi que des petites fenêtres à projection, où la vidéo se perd, y effectue des applats multicolores. A droite, un billet de 5 Dollars américain avec un Abraham Lincoln bavard ou encore des tickets de lotto à gratter, à gauche des cigarettes se consumant (Marlboro, Camel, Winston, Parliament, Salem, Marlboro Light, American Spirit), pièce de 2009, puis l'ouverture dans le grand espace du PAC, avec le grand–œuvre de Oursler: Open Obscura donc, reprenant ce concept de vidéo installation pour le pousser à l'extrême dans une focalisation sur l'œil, un œil ici aussi bavard, dérangeant, barré que forcément fascinant. Des yeux, il y en a ici une dizaine, ça fout les jetons dans ce brouhaha surnaturel. Il y a du Big Brother, mais aussi du Otto Dix (Les Joueurs de Cartes), du Freud, du Gary Hill ou encore du Kubrick. En voisinage direct, Pet Series ne manque pas d'arguments. Rarement la frontière entre représenté et spectateur n'a été si étroite. Plus qu'un Jeff Koons, on a envie de toucher ces petits bonshommes psychédéliques, comme un bon trip au LSD que seul Radius apaisera. Une ampoule, un bruit sous–jacent. On pense ici à l'exposition de Simon Depierraz au CAN à Neuchâtel où il avait créé une pièce entière appelée StardustHotel N°2, en miroirs cassés, Mag–Lite et boule à facette. Tony Oursler laisse aussi respirer et c'est tant mieux, nous voici presque dans un étrange film, acteur et spectateur en même temps, amusé devant ces grandes pièces fixes sur lequel s'animent des images, ces animations fantomatiques, cette joyeuse confusion portant le nom de Extrude Lock (2011) magnifiée par le sens du détail et de la citation de Oursler. On fut cependant stupéfait devant la série de petites installations Peaks (2010), proche de la perfection, avec ces mini–beamers astucieusement disposés sur des tiges de métal face à des petites scénettes. Complétement dément. Un théâtre miniature à l'ancienne, comme ces boîtes à musique qu'on remontait inlassablement, une salle d'opération miniature, psychanalyse ou, du moins, une légère descente dans la psyché humaine; comme ça donne vachement moins en photo, allez jeter un coup d'œil au site de Tony Oursler, bien documenté et alimenté en vidéos. Peak parle de cette obsession de la technologie, son fétichisme, son isolation conséquente; librement inspirée des théories de Masahiro Mori sur la robotique, Tony Oursler semble parti dans une nouvelle exploration des tréfonds de notre âme version Internet, où, si tout est plus rapide, l'accumulation rend l'analyse d'autant plus difficile. Et l'œuvre plus fascinante.


Open Obscura propose finalement de redécouvrir une série de clips désaxés tournés par Oursler: "Empty" pour David Bowie (2000), "Master Mix" pour Beck (1998) mais aussi des séquences pour et avec la fine équipe de Sonic Youth, toujours dans les bons coups, avec Kim Gordon sur "Singing Dummy" (1995) et "Tunic" (1990) ou "Solo" (2005) avec Thurston Moore. La meilleure façon de prendre congé d'une exposition dont on a autant à apprendre qu'à fantasmer, dans un délire Pop Art, muti–référencé mais sacrément osé et irrévérencieux, à la limite du kitsch pour mieux s'assumer en tant que pièces singulières, sans queue mais avec une tête et de gros yeux. Et aux manettes du projet, une tête bien faite, celle de Tony Oursler, qui a l'âge de nos parents mais démontre par A+B qu'on peut être un vieux limier artistique et encore avoir le cœur et l'envie d'un gamin de 20 ans. 
* tiré d'un ouvrage introductif que l'on recommande: Art Vidéo, Sylvia Martin, Editions Taschen, Cologne, 2006




TT Trip : tankart à la capitale

Illustration: "Edible Artificial Girls (Mi-Mi Chan)" de Makoto AIda
Entre les concerts, il y a des journées. Et dans ces journées, il y a des musées. Deux expositions donnent deux métaphores de l’artiste : un cochon pour l’exposition Tous Cannibales à la Maison Rouge, un caniche pour le trio General Idea au musée d’art moderne.

Peu en forme après une nuit agitée, le choix de pénétrer dans l’exposition Tous cannibales, c’est un peu comme le kebab. Soit ca te sauve de ta gueule de bois, soit ca casse. Souvent conquis par l’originalité des expositions présentées à la Maison Rouge (je pense notamment à Warhol TV en 2009), j’étais sur que c’était la première option qui serait de mise. C’est donc parti pour une exposition sur le cannibalisme dans l’art, presque exclusivement contemporain, seules quelques gravures de Goya et d’autres du XVème siècle sortant du XXème siècle. Tout commence avec un tapis rouge, tapisserie réalisée à partir de charcuterie par Wim Delvoye, artiste chez qui la figure du cochon est associée à celle de l’homme, les deux partageant la même chair. Chair ! On touche là à la véritable question du cannibalisme : l’appréhension violente par l’homme de sa propre chair. On ne peut faire mieux ici que de citer Jacques Lacan : « Il y a une horrible découverte, celle de la chair qu’on ne voit jamais, le fond des choses, l’envers de la face, du visage, les secreta par excellence, la chair dont tout sort, au plus profond même du mystère, la chair en tant qu’elle est souffrante, qu’elle est informe, que sa forme par soi-même est quelque chose qui provoque l’angoisse. Vision d’angoisse, dernière révélation du Tu es ceci. » L’exposition de la Maison Rouge réussit à faire exploser la chair et à en explorer toutes les dimensions, dans des créations parfois très dures, parfois drôles, presque toujours fascinantes. Que ce soit l’horreur délicate de parties du corps transformées en gâteau de Phillipe Mayaux ou de mets comestibles à l’apparence de femmes de Makoto Aida, la souffrance affreuse du sang et des organes qui transpercent le sol chez Adriana Varejo, la cruauté terrible des toiles de Jerôme Zonder, l’horreur cauchemardesque du corps pétrifié ou pourrissant ou encore la magie associée au cannibalisme, tout y passe. Face à tant d’œuvres autour d’un thème aussi dur, on ressort retourné et un peu dégouté mais franchement subjugué. L’exploration des mystères de notre propre matérialité ne se fait pas sans quelques haut-le-cœur.


On change de registre avec General Idea au musée d’art moderne de la ville de Paris. Derrière ce nom de collectif, il s’agit en fait d’un trio d’artistes canadiens fondé en 1969. Ce qui impressionne dans cette exposition, c’est la capacité qu’a eu le trio de développer tout le long de leur travail une œuvre cohérente travaillant autour de différents thèmes, avec au premier plan celui du glamour. Celui-ci s’incarne à travers la figure du caniche, lui-même allégorie de l’artiste. Vous l’aurez compris, avec General Idea, on ne se situe pas tout à fait au niveau du premier degré. Le glamour est en même temps utilisé pour ce qu’il a de jouissif, de beau mais aussi dans ce qu’il a de ridicule. Ce détournement d’un univers pour en faire ressortir les côtés risibles, les gars de General Idea le font comme il faut, c’est-à-dire en mêlant plaisir performatif et sérieux de la posture et du discours. Dans toutes leurs œuvres, on retrouve les mêmes slogans et une forme de discipline de pensée autour des thèmes, comme l’art, la communication de masse ou encore la sexualité. Et à chaque fois, ces mêmes œuvres font hyper plaisir : organisation d’un concours de Miss General Idea, invention d’un Pavillon Miss General Idea qui n’a jamais existé mais dont des faux vestiges seront créés, avec comme emblèmes des caniches et des verres à cocktail. Si certaines œuvres ont un peu vieillies, on est étonné par la capacité de la plupart à fonctionner encore aujourd’hui. Par exemple, la conception d’une boutique du Pavillon de Miss General Idea présente différents objets manufacturés par le trio, qu’un public fictif pourrait acheter pour un prix modique. Ce thème paraît même en avance sur son temps, tant aujourd’hui il n’existe presque plus de musée où on ne puisse (doive) pas se procurer je ne sais quelle carte postale, miniature ou sac pour être bien sûr d’avoir un souvenir matériel de l’investissement culturel qu’on a fait en allant visiter une exposition. General Idea excelle dans l’art du détournement subversif. Ceci se vérifiera dans une œuvre puissante et plus tardive du trio. Alors que deux de ses membres sont atteints du Sida dont ils mourront quelques années plus tard, ils ont l’idée de détourner la forme d’une image pop, le LOVE de Robert Indiana, pour la réécrire en AIDS. Le trio utilise ainsi la puissance d’une forme connue et appréciée pour opérer un rapprochement entre les mots aids et love. A un moment où le sida est encore perçu de manière très négative et homophobe, ils opèrent une repositivation de la maladie en l’associant à l’amour et surtout en montrant que le sida n’est rien d’autre qu’un fruit noir de l’amour.

L’exposition Tous Cannibales dure jusqu’au 15 mai 2011, General Idea jusqu’au 30 avril.

21 avr. 2011

KINO KLUB: BUVETTE – INNER WARS (CH)



Une demi–année après la sortie de son premier LP, HOUSES AND THE VOICES (chroniqué par nos soins à l'époque), Buvette tient son rythme infernal fait de promo de son label, Rowboat, d'élaboration de la cinquième compilation de ce dernier, de concerts et d'escapades en montagne pour enregistrer, encore et toujours, de micro–tubes. Ici, voici moins une chronique litigieuse qu'une ode à la fonte de la glace, pulvérisée ici à coup de pixels. Buvette goes techno? Think Tank applaudit de nos huit mains!

Musik Tank : DEERHOOF VS. EVIL

Photo: Ryan Slack / TT
Comme souvent dans notre petit pays, les meilleurs évènements ont lieu en même temps. Ce week-end, alors que Electron va faire danser une « horde sauvage » sur Genève, l’Impetus Festival se déplace à Lausanne et propose quelques noms très intéressants avec notamment un groupe que la petite équipe de TT vous déconseille fortement de rater : Deerhoof. Un groupe si unique et particulier qu’ils auraient d'ailleurs très bien pu être programmé à Electron. Mais c'est le Romandie qui a la chance de les accueillir ce samedi (23 avril) et le détour pour découvrir leur dernier album en vaudra à coup sûr la chandelle.

Deerhoof contre le Mal. C’est le titre de ce qui devrait à peu près être le 11e album du groupe après une existence d’une bonne grosse douzaine d’années. Et oui, Deerhoof n’est pas né de la dernière pluie et ce groupe de San Francisco après avoir ouvert autant pour Malkmus, Sonic Youth et Radiohead, en a chié dur pour en arriver jusqu’ici. Il faut dire aussi qu’ils n’ont pas choisi la voie de la facilité à en voir les membres du groupe qui ressemblent à une bande de doctorants universitaires trop intelligents pour passer dans la vie active. Et la comparaison n’est pas poussée puisqu’il s’agit justement d’étudiants en composition à l’Oberlin Conservatory of Music. De la formation initiale, il ne reste plus que Greg Saunier. On peut dire aussi que John Dieterich fait partie des meubles puisqu’il a rejoint le groupe en 2002, lorsque sort Reveille le premier album réussi du groupe. Donc ces mecs, trop concentrés sur leurs instruments, leurs effets et la structure de leur chanson, se sont mis à réfléchir (longuement avec des dictionnaires antiques et des traités de mathématique) pour se dire qu’il leur fallait une belle gueule pour porter leur séminaire sur scène. Ils ont alors dégoté une charmante japonaise fraîchement débarquée de Tokyo à San Francisco pour étudier le cinéma. De l’étude, des cordes, un batteur génial (qui a probablement le jeu de batterie le plus intéressant du XXI siècle), du café, des graines, des répétitions et un zeste de Japon ; mélangez le tout et vous obtenez Deerhoof.

Donc, Deerhoof se bat contre le Mal. Faut-il vraiment essayer de comprendre ? Parce quand on observe la pochette, on a pas envie de fouiller plus loin tant elle ressemble à un groupe qui essaye de reprendre les thèmes musicaux des plus mauvais films de vampires des années 80. La galette, par contre, c’est autre chose. Comment ne pas dire qu’il y a de l’inventivité ? Comment ne pas dire « Ah super ce passage là quand ils font ce truc bizarre » ? Comment ne pas taper du pied sur « The Merry Barracks » ? Comment ne pas sourire pendant le superbe « No One Asked to Dance » ? Chanson sur laquelle il est impossible de danser. Par contre, volontiers que j’irai me déhancher sur « Super Duper Rescue Heads ! » : on se croirait lancé au beau milieu d’un Tokyo déjanté et surréel. « Let’s Dance the Jet » nous confirme la volonté première des lutins. Car finalement, si Deerhoof est fabriqué par des intellos de la musique, leur seul but semble bien simple et universel : faire danser, encore et toujours. Et une fois de plus, après les étonnants THE RUNNERS FOU (2005) ou OFFEND MAGGIE (2008), Deerhoof nous embarque dans une univers de rébellion, perturbant et féerique, dans lequel il faut « casser les fenêtres » et voir « la lune s’évader dans l’ombre ». L'ensemble est parfaitement harmonisé et n'importe quels sons ressort avec une justesse et une délicatesse surprenante. Le son général du disque est vraiment bluffant et Dieu sait que ça ne doit pas être facile de produire ce grand bordel symphonique !

Il semble donc bien qu'on tienne entre les mains un majestueux bric-à-brac scintillant qui paraît compliqué mais qui se focalise à simplement plaire et amuser. Impossible à aimer à sa première écoute, DEERHOOF VS EVIL est un album étonnant et imposant, qui s’affirme au fil des écoutes entre guitares flamenco, wah-wah, en japonais ou catalan avec refrains bucoliques (« I Did Crimes For You ») et surprises pop détraquées : « Secret Mobilization », « Hey I Can ». En fait, ce disque est à l’image de sa pochette : ça a l’air immonde, mais quand on l’ouvre, c’est beau. Très beau. Dansant, intelligent et puissant. Et en plus, il paraît qu'en concert, c'est complètement fou. Alors à samedi !


19 avr. 2011

KINO KLUB: LOWER DENS / SUPER MON AMOUR (FRA)



"Des concerts, des spectacles vivants, on vous les apporte sur un plateau en live". Dans le cadre de son programme très poussé de streaming, la chaîne franco–alllemande Arte a la bonne idée de retransmettre en direct certains des très bons concerts de l'année. Ainsi, pour compléter notre article sur le festival Super mon Amour à la Gaîté Lyrique, voici le concert de Lower Dens. Sous ce lien, vous trouverez aussi le concert de Deerhunter qui n'avait pas complétement convaincu notre reporter.

15 avr. 2011

TT TRIP: LA JAVA

Illustration: Pierre Girardin
Chronique d’un dimanche soir à Paris. Deux concerts géniaux, Mi Ami et Dona Donze. Des looks. Quarante personnes dans la jolie salle de la Java. Y avait même Pedro Winter !

Il fait beau et chaud à Belleville ce dimanche 10 avril, les terrasses te font de l’œil mais on ne regrette pas un instant de descendre dans la Java. Après avoir passé une cour intérieure des plus charmantes, tu descends les escaliers à vitraux pour finalement entrer dans la salle décorée de peinture de vues de Paris et de bancs ensoleillés. Y a pas grand monde mais ceux qui sont là, au maximum une quarantaine de personnes, sont super contents. Derrière la scène, les vidéos habituelles flashent, genre pixellisation d’un chien qui court, manga porno et autres chats qui ouvrent la bouche. La musique est irréprochable. Bref c’est assez le love. Quand Dona Donze entrent en piste, difficile de savoir quoi penser et à quoi à s’attendre. Les deux filles de Los Angeles se sont fait des looks : maquillages, collants dorés et paillettes partout. Loin du truc branché avec un beat facile qu’on pouvait craindre, on est vite séduit par le groupe. Tout semble hyper naïf. On a l’impression de voir deux copines, un peu folles il est vrai, qui dansent dans leur chambre. Les chorégraphies sont toutes imprécises et drôles, les filles se mettent de déguisements entre les chansons. Trop bien ! On se sent comme dans un film où soudain un duo absurde et sexy viendrait interpréter différentes chansons. Mais là, c’est en vrai et en plus ça paraît tout à fait sincère. Les chansons oscillent entre comptines, pop paillette à la Michael Jackson et ballades tropicales, sorte de bande-son rêvée du film érotique parfait. Bon quand les chanteuses viennent dans le public pour le final, tout le monde a assez peur. Le vinyle est lui aussi couleur paillette.


Après cette féérie absurde et une introduction bizarre (un mec torse nu qui crie « you are fucking animals »), arrivent enfin Mi Ami. Désormais un duo, suite au départ du batteur, il est clair que leur son allait vraiment être différent de ceux de leurs précédents concerts et que la setlist allait en gros se limiter aux titres de leur dernier et excellent EP, DOLPHINS. Ca commence fort avec un « Hard Up » monstrueux, les beats tabassent, les cris du chanteur passent par la reverve et les sons déstructurés dessinent des plages complexes et psychédéliques aux milieux des chansons incroyables. Quelque chose comme la musique idéale d’une fête underground. C’est dansant, déconstruit, fou, en un mot grandiose. Que dire sinon que toutes les chansons étaient aussi démentes les unes que les autres, « Dolphins », « Echo », « Sunrise » et une nouvelle au rythme groovy. Le public, aidé aussi un peu par la MDMA, entre en transe. Ça se déhanche de tous les côtés. Les quelques doutes qui restaient au moment de l’écoute de l’EP sont bel et bien envolés. La transformation électro de Mi Ami est parfaitement réussie et cela fait bien longtemps que je n’avais pas entendu un concert avec une telle intensité, une telle puissance et en même temps un tel degré de déstructuration sonore. Merci Mi Ami et merci la Java !

13 avr. 2011

TT Trip : super mon amour

Illustration: Lucie Sgalmuzzo
Du 6 au 10 avril se déroulait le festival SUPER MON AMOUR à la Gaîté lyrique de Paris. Si on n’a pas pu y aller tous les soirs, on vous raconte comment c’était beau jeudi et samedi. Au programme: Dan Deacon, Deerhunter, Baths, quelques belles découvertes et le fantôme de Jamie XX.

Il est 19h, il fait chaud, le square est charmant et les canettes Heineken rafraichissantes. De devoir se diriger vers la salle de concert semble déjà bizarre. Cette impression ne va faire que se renforcer une fois les portes de la Gaîté lyrique passées. Cet ancien théâtre, après avoir été occupé par un parc d’attraction Inspecteur Gadget, qui n’a pas marché (mais pourquoi ?, ça avait l’air super), a été presque entièrement rénové. Tout est hyper propre, les murs imitent l’alu, des structures cubiques servent de sièges, et la boite qui accueille les concerts est hyper insonorisée. La première impression est un peu froide, on se croit plus dans un vernissage que dans une salle de concert. Mais d’un autre côté, on n’est pas mécontent de se retrouver dans un endroit hyper beau, où tout est en place pour qu’on puisse allégrement ronronner. Le bar est dans une salle d’époque magnifique avec portrait de Molière, dorures, colonnes, et donne sur le parc sur lequel scintillent les néons du Little Palace Hôtel. Ouah ! Tout est si beau qu’on se laisse même tenter par un hot dog végétarien, où une carotte cuite a remplacé la saucisse. Voilà le décor posé, entrons maintenant dans la programmation très réussie du festival SUPER MON AMOUR.


Jeudi : Duth Uncles, Baths, Factory Floor et Dan Deacon
. La session chips et bières dans le parc ayant été difficile à arrêter trop tôt, on a raté tout le début du concert de Duth Uncles mais, à vrai dire, les dernières chansons ne nous ont pas vraiment convaincu, du pop rock de facture assez habituelle. Après c’est au tour de Baths d’entrer sur scène avec peut-être le meilleur set de tout le festival. Le petit joufflu de Los Angeles se la donne sur sa console avec une énergie folle. Alors que trop souvent, les musiciens électro adoptent une pause froide et désintéressée, là c’est tout le contraire et ça fait franchement du bien. Baths fait se trémousser le public avec une chillwave sous perfusion dancefloor. S’il avait été moins tôt, c’est clair que ça aurait dansé du tonnerre. Mais en même temps, les plages sonores fines s’accordent parfaitement avec ce début de printemps et s’annoncent comme la musique parfaite pour la prochaine beach ou lake party. On pense à Passion Pit, période CHUNK OF CHANGE EP, une électro fraiche et agréable. Suivent Factory Floor. S’ils sont anglais, leur son est vachement allemand, avec des moments répétitifs très kraut mais aussi des beats qui font penser à D.A.F.. Bref, c’est du bon mais le contraste avec Baths est violent, les mecs de Factory Floor sont concentrés, ont le regard fixé sur leurs instruments. Le dernier concert de jeudi est assuré par le très attendu Dan Deacon. Malgré un précédent album réussi, BROMST, le mec de Baltimore a encore fait peu de dates en Europe. Après l’avoir vu à Los Angeles il y a deux ans, on se demandait comme le public parisien, moins propice à la participation enthousiaste que les Californiens, allait réagir à toute la partie « entertainment » du set de Dan Deacon. En effet, il faut savoir que celui-ci a décidé de garder dans ses concerts un esprit fête sauvage et ludique. Ses machines ne sont pas sur la scène mais au niveau du public, il joue sur trois colonnes saturées et le set est composé de plusieurs petits jeux : concours de danse, tout-le-monde-se-met-à-genoux-et-montre-du-doigt-ceux-restés-debout, on se met en cercle et tout le monde doit imiter un danseur, etc. Si c’est vrai que c’est cool d’injecter une dynamique aux concerts, que les gens qui participent sont contents, il faut avouer que ce dispositif a aussi ses limites. Déjà le public parisien réagit moyennement (la règle 1 vs 1 du concours de danse aura tenu moins de trente secondes), mais aussi le tout a un côté entre la secte et le club med (c’est la même chose, me glisse-t-on) qui nous ennuie rapidement surtout, quand le côté spontané se trouve être une mise en scène répétée à chaque fois de manière identique. Mais surtout le plus gros point noir de ce concert, c’est le son. C’est bien joli de jouer sur trois colonnes comme dans un garage, mais le rendu dans une grande salle est juste horrible. La saturation fait perdre à la musique son énergie et tout se fond dans une bouillie sonore. D’ailleurs quand Dan Deacon nous dira après le concert avoir joué 4 nouveaux titres, on doit bien avouer ne pas les avoir tous remarqués. Bon à part ça, le concert était quand même bien, vraiment sauvage à des moments, les premiers rangs suaient et les chansons plus lentes du set, surtout "Snookered", très réussies.


Samedi(I) : Gallops, Nelson, Lower Dens et Deerhunter. C’est reparti. Pour bien débuter la soirée, la bonne surprise du festival : Gallops. Si au début on a un peu peur d’être devant des sortes d’Arctic Monkeys essayant de jouer du Battles, on est très vite détrompé. Ça envoie, le son est à la fois intelligent et puissant, surtout grâce au batteur. Ce dernier balance à fond, on a l’impression que c’est lui qui a perverti les autres mecs du groupe pour diriger leur son de synthé et guitare sur un chemin plus hard rock. Après un set aussi cool et méchant, on se disait que ce serait dur pour le second groupe. Ce fut pire que ça. Il suffira de deux mots pour décrire la prestation des Français de Nelson: tout mou. Histoire de relever le niveau, Lower Dens, qui font la première partie de Deerhunter sur leur tournée européenne, entrent en scène. Pas grand chose à redire à ces chansons portées par la voix assez Cat Power de la chanteuse et des mélodies superbes. Parfait pour se préparer à l’arrivée de Deerhunter. Comme il semble loin le temps des concerts où le groupe était fâché (remember Pully For Noise 2009) ou timide, et le chanteur Bradford Cox, torturé. Le groupe sonne maintenant beaucoup plus rock. Les chansons de l’album sont toutes reboostées et la voix se fait volontiers cri, d’inspiration quasi grunge. Il faut bien l’avouer, ça chie pas mal et on ne compte plus les chansons monstrueuses du concert : "Helicopter", "Don’t cry", "Desire Lines". Mais il n’empêche que le dernier album du groupe, HALCYON DIGEST, nous a beaucoup moins convaincu que les précédents opus du groupe. Et on continue de penser que les meilleures titres de ce concert restent ceux issus de RAINWATTER CASSETTE EXCHANGE et MICROCASTLE : "Agoraphobia", "Rainwatter Cassette Exchange", "Little Kids" et surtout "Nothing Ever Happened". Bref, un concert super mais un peu trop propre et trop rock, le son de basse faisant presque penser parfois au dernier Strokes. On regrette la période plus expérimentale du groupe, encore présente dans les chansons plus longues.


Samedi(II). La deuxième partie de la soirée de Samedi était le moment clubbing du festival. Ambiance on vide le bâtiment qui se reremplit d’un public plus jeune et plus looké. Autant le dire directement, cette nuit était un échec presque complet. La console son a pété, ce qui fait qu’il n’y a pas eu de son entre 2h et 2h30 et que donc on a pas pu voir D/R/U/G/S et que le reste de public était tout mou au moment où Jamie des XX est passé derrière les platines. Grosse déception et difficile de juger ce set, qu’on attendait de pied ferme, dans de telles conditions. Heureusement qu’au tout début, la soirée a été vraiment sauvée par un DJ dont on ignore le nom mais qui faisait juste beaucoup trop plaisir. A vrai dire, son set est celui qu’on a toujours rêvé de passer. Des chansons méconnues, bizarres, drôles, et surtout hyper biens. De la soul, du disco en passant par de la surf pop et Konono n°1. Vraiment un set génial. Après c’est vrai qu’on n’était pas très nombreux à danser mais on dansait pour toute la salle. Les clubbers tout proprets, pensant trouver des beats faciles et habituelles, étaient totalement décontenancés. Un jeune blondinet, n’en pouvant plus, finit par traiter le DJ de sale gauchiste. Le rêve!

12 avr. 2011

KINO KLUB: SoundCloud (SE)



Dans le cadre de sa nouvelle campagne mastodonte, "Adidas is all in", la marque aux origines allemandes a eu la bonne idée, dans son plan marketing ciblé lifestyle, d'effectuer de courts reportages sur des associations, des start–ups, des individus. Avant–hier est donc paru un court docu sur SoundCloud, que tout le monde connaît en 2011. Pour l'instant, nous n'avons encore que peu utilisé notre compte SC, mais nous profitons de ce Kino Klub pour reposter notre mixtape du meilleur de 2010 (PVT, Tame Impala, Sufjan Stevens, etc.).



 

11 avr. 2011

TT SPECIAL: BLACK SWAN, INTERVIEW D'UNE DANSEUSE, UNE VRAIE

Illustration: Julien Gremaud

Il suffisait que j'agende une rencontre avec notre interlocutrice du jour pour que la vérité éclate: oui, Nathalie Portman n'aurait effectué que 5% des scènes dansées dans le dernier Aronofsky, Black Swan. Cette vérité était sous–jacente lorsque nous avons conversé à propos de ce film à débat(s) avec Noémie, danseuse classique. Parce que nous pensions qu'avoir le point de vue d'une vraie du métier était nécessaire, avec un petit peu de recul, pour parler autant de danse que de sensualité, de scénario que de Tchaïkovski. Vous reprendrez un peu de dessert?

Scandale donc: cela était prévisible. On ne triche pas avec l'Académie américaine. Non pas que cela nous étonne, mais il y a des choses que l'on ne fait pas: inventer de faux arguments marketings, débouchant sur 1– un carton au nombre d'entrées. 2– un passe–droit rapide pour un Oscar récompensant régulièrement des performances exceptionnelles. 3– une légère colère, légitime, pour la profession lésée. C'est cela le plus grave. Alors que l'on fait la chasse à la sorcière tant chez les sportifs que chez les artistes, comment peut–on encore croire les préposés à la communication de tels produits de masse quant ils vantent l'entraînement surhumain qu'au pu endurer dame Portman? C'est un peu gober la farce du pouvoir des hormones de croissance, avaler que Fabian Cancellara s'est amusé à mettre un moteur dans son vélo ou qu'on devient danseuse classique en trois mois. C'est un peu du n'importe quoi. C'est rendre l'exceptionnel accessible, c'est ne pas comprendre que dans danse, il y a le mot art, laissant apparaître sacrifices, souffrances et dévotion. Non, cela, c'est le plus grave, on ne va plus y penser pour finir par mollement rêvasser sa vie. Pourtant, est–ce que cela ne sentait–il pas à plein nez que Nathalie Portman, eh ben elle était franchement pas cap' de danser ça? Fin de la parenthèse. Cet interview est laissé tel quel, évitant ainsi ce débat pas franchement nécessaire induit par ce traditionnel goût du profit et du succès.  Il y a bien d'autres choses à dire de ce Black Swan; c'est aussi notre façon de témoigner de ce film qui restera, quoi qu'en disent les sceptiques, comme un des gros coups de 2011. On avait lu Noémie sur le web, s'exprimant avec entrain après avoir vu le film. En gros, elle disait l'avoir aimé, même si elle modérera son enthousiasme durant l'entretien. Avec le recul, forcément…


Black Swan s'inscrit dans ce genre "couperet", celui du sport, ou de la représentation d'un monde codifié et sur–représenté. On risque toujours de rapidement tomber dans la critique… 
Noémie: tu es clairement exposé à la critique. Le film montre l'autre face de la danse. On pense souvent la danse, les tutus, c'est joli, mignon; c'était intéressant de parler d'autre chose, qui est vraie elle–aussi. Par contre, pour moi, tout était en surface; je n'ai jamais eu de frissons ou la sensation de vraiment pouvoir m'identifier à cette personne–là. 

Ici, la danse apparaît ainsi plutôt comme un prétexte pour parler de la démence?
Oui, tout à fait. Aronofski a aussi puisé son inspiration dans le Lac des Cygnes, le cygne blanc, le cygne noir, c'était un beau prétexte. La fille joue les deux rôles, c'est vraiment un challenge de faire les deux sur un long métrage.

Tu parlais d'absence d'émotions…
C'est une question d'habitude sans doute. C'était beau, bien sûr, mais quand tu vois cela en vrai, c'est autre chose. Je n'ai rien ressenti non plus devant la dégradation de la danseuse; comme un sentiment de déjà–vu. Les mises en scènes sur les séquences de danse sont cela dit très bien faites, super lumière, supers costumes, hyper léché, ça oui. L'écran brise selon moi cette intensité cela dit.

A l'annonce du scénario du Lac des Cygne, le metteur en scène (Vincent Cassel ndlr.) annonce une représentation moderne et audacieuse de la pièce. Au final, on veut bien le croire mais ici aussi c'est de la surenchère. 
Le fameux narcissisme de tous les chorégraphes qui veulent faire mieux que tout ce qui a déjà été fait… Sûrement un clin d'œil de la part d'Aronofski.

Il y a aussi cette incroyable théâtralité de son arrivée dans la salle d'entraînement…
Oui et non. En même temps, on retrouve toujours ce respect du chorégraphe, la peur de se faire virer. Suivant les compagnies, les contrats sont à court terme, et si tu n'es pas assez respectueux ou que tu ne montres pas suffisamment de soumission tu peux tout à fait te faire virer. C'est une peur omniprésente. Cette représentation était tout à fait légitime et bien représentée.

On le voit aussi comme Le mec, celui qui profite de la situation, de chaque situation, avec les danseuses notamment.
Etant donné qu'il y a un certain rapport au corps dans ce genre de milieu, les dérapages peuvent être plus faciles quand dans un bureau, où tu as tout de même une distance physique.

On montre tout de même un rapport excessif de conséquence avec certaines des danseuses.
Par rapport à mon expérience, on va dire que j'ai déjà souvent vu cela; ça ne me choque pas vraiment. Je ne pourrai pas le démentir en tout cas.

Ce fameux rapport au corps…
Je pense qu'à ce niveau–là Black Swan a pu choquer. Pour nous c'est plutôt… la routine. On a toutes eu une pote anorexique, une autre boulimique. Les pieds qui saignent, c'est aussi valable (rire). Toutefois, je pense que Nathalie Portman a reçu un peu trop de ces caractères. C'est en principe quelque peu plus échelonné. Il n'y avait cela dit que deux heures de film, il fallait se dépêcher de tout déballer.

On la retrouve très vite en porte–à–faux dans le film, entre ce statut de star et de victime. 
La danse n'est pas un art qui puisse t'apprendre l'amour. L'amour pour ton art est sans doute vrai, mais très peu d'amitiés sincères se forment. Ici, cette notion était très bien montrée. La concurrence, l'impossibilité de se lier à quelqu'un. Tu ne vas apprendre l'amour, pour toi, pour les autres à travers la danse.

Black Swan nous fait ressentir cet isolement profond…
Tu ne rapproches de personne, tu ne sais jamais jusqu'à quel point tu peux faire confiance à tes partenaires. Tu es toujours un peu seul. 

La folie du rôle joué par Nathalie Portman est donc, comme on l'a dit, permise par la danse?
C'était tout de même trop forcé, on tombait carrément dans le cliché. Encore une fois, c'est vraiment un étalement de tout ce qui est possible de vivre dans et par la danse. Il y manquait de critique.

A l'américaine…
Tout à fait. Après c'est clair que tu trouves ici un bel éventail de tout ce que tu peux trouver dans la danse (rire).

On n'est pas loin du documentaire en fait?
Oui, c'est plutôt un mauvais reportage si tu veux (rire). Surtout, tu t'attends à ce scénario, et puis ces effets spéciaux où elle se transforme avec ses plumes, un peu lourd tout ça. Je ne sais pas ce que tu en penses (rire).

Dans un autre registre, il y a aussi cette notion de perfection. Les derniers mots du films sont d'ailleurs: "je l'ai senti, c'était parfait". Quel est ton avis, sachant que cette perfection s'associe souvent à un feeling indescriptible en sport, quand tu es en état de grâce?
Ce n'est jamais parfait. Tu es en état de grâce, bien sûr. Cette recherche infinie fait sans doute la beauté de la danse par exemple. Même s'il y a cette frustration de l'autre côté… C'est ce qui te pousse à t'entraîner chaque jour, tu sais qu'il y aura toujours quelque chose à faire en plus. Pour moi, le film est tout de même trop resté en surface, il y aurait eu plein d'autres pistes à creuser: prenons la rivale de la reine des cygnes. On ne saura jamais quelle relation les lie, la perversité ou l'aide à l'affranchissement. Il y a manqué de la profondeur. La folie aussi: tu la sens, tu la frôles, mais tu ne l'affrontes pas, ce n'est pas facile de ressentir ce qu'elle est en train de vivre. C'est tout par des gestes en fait, quand elle se gratte, etc. Et tout à coup elle est complétement cinglée, c'est un peu grossier quand même.

Le rôle joué par Winona Ryder en tant qu'ancienne reine des cygnes, cette danseuse qui pète un câble, est lui extrêmement bien ficelé. Quand elle dit ne plus rien être, qu'elle n'a plus de but, on ressent une grande part de vérité. Après, encore une fois, cette séquence est effleurée l'espace de quoi, trente secondes? Il y a plein d'éléments mais tout fut trop mixé. 

Revenons sur la performance de Nathalie Portman: truqué ou non?
Si on la voit en entier, c'est de loin, ou sinon on ne voit toujours que des plans coupés. Une danseuse étoile de l'Opéra de Paris aura fait 10 ans de formation, plus des années et des années d'entraînement pour arriver à ce stade d'étoile. Je ne pense pas qu'en une année, même si elle a dansé tous les jours, qu'elle ait pu arriver à ce stade–là. Ceci dit, elle a tout de même fait une belle prestation d'actrice et a su prendre les tics des danseuses. Se tenir comme une danseuse par exemple n'est pas donné à tout le monde.

Le sujet a dû être largement présent dans vos vestiaires…
Oui! Dès qu'on est arrivées à l'entraînement, c'était: "tu as vu Black Swan?". On a toutes parlé de ça (rire). A part ça, encore une fois, Portman a effectuée une super prestation. Ce film va aider le milieu de la danse. Il y aura davantage d'inscriptions aux cours. Peut–être pas en voyant sa folie bien sûr, mais avec ces belles images de danse notamment… La danse classique, qui peut être perçue comme ringarde, est magnifiée ici par de super belles images pouvant toucher les spectateurs. La production possédait de gros moyen pour en faire un bel objet, c'est évident.

Avant l'interview, tu m'as brièvement parlé du nouveau film de Wim Wenders, Pina (voir le trailer ci–dessous), et tu me disais: "ça c'est un film de danse!". Je ne l'ai pas encore vu, peux–tu m'en parler?
Il s'agit effectivement d'un très beau film d'hommage. C'est un film de danse qui donne de l'espoir en cette pratique. La metteur en scène, Pina Bausch, avait un rapport profond avec ses danseurs, quelque chose d'inhabituel. C'est un film de danse comme moi j'aime voir la danse. Ce n'est sûrement pas une réalité de tous les jours, mais elle a des danseurs depuis 20 ans, même s'ils sont vieux elle les garde. Ils ont une relation d'amour à elle tout comme elle a une relation d'amour avec eux qui est hyper pure et saine.

Voici peut-être la différence entre cinéma américain et cinéma européen, où ici on est plus dans le psychologique…
C'est aussi représentatif d'une compagnie saine, où tu pourras y apprendre l'amour. Dans Black Swan, il est inexistant. Mais cela n'a rien à voir. Deux dimensions différentes. Et il est en 3D en plus (rire). Tu crois pouvoir toucher les danseurs! Pina Bausch est spéciale, aussi étrange que charismatique. Ce n'est pas le même monde cependant, on ne parle pas de la danse classique proprement dit.



3 avr. 2011

TT TV: Konono N°1 au Bad Bonn Düdingen



De Kinshasa, Konono N°1 fait partie des grands noms historiques de l'Afro beat. Parmi les plus innovateurs et les plus influents dès sa naissances à la fin des années 60, le groupe est encore en activité, avec toujours de nouveaux musiciens au sang frais. Où le concept de band prend ici un tout autre sens qu'en Occident. Konono N°1, un groupe pour la vie, prêt à durer. Nous avons rencontré le fils du fondateur, Mingiedi Mawangu, peu avant leur prestation percutante dans les murs du Bad Bonn.