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5 mars 2011

Musik Tank : Rainbow Arabia, BOYS AND DIAMOND

Illustration: Vincent Tille
Rainbow Arabia sortent leur premier album après quelques EP prometteurs. Leur mélange, désormais habituel, de sonorités africaines et de pop délurée passe donc l’épreuve toujours difficile de la longueur et de la hi-fisation. C’est moins sale mais on remue plus son booty

Après des années de règne d’une scène underground radicale sévissant autour du Smell avec les premiers Ariel Pink, Health, No Age ou encore Geneva Jacuzzi, Los Angeles voit, surtout depuis l’année dernière, une vague de hi-fisation de sa musique, avec des disques produits de façons beaucoup plus propres mais aussi des sonorités plus proches de quelque chose de dansant voir de mainstream. Mais, on le sait, aux Etats-Unis et encore plus à Los Angeles, les frontières entre hi-fi et lo-fi, entre underground et mainstream, sont loin d’être étanches, du moins beaucoup moins qu’en Europe. Ainsi 2010 a vu paraître des albums beaucoup moins underground dans la production des groupes susnommés : Ariel Pink, No Age et Health un peu plus tôt. Si ce lissage relatif du son de ces groupes a pu, parfois à raison, décevoir les fans des inventions bordéliques de la première heure, il n’empêche qu’une telle capacité à changer de registre, à rendre sa musique plus accessible sur des albums vraiment bons, est proprement ahurissante. C’est cette étape que Rainbow Arabia passe avec BOYS AND DIAMOND. A ses risques et périls.


Jusqu’à présent, Rainbow Arabia m’a toujours bien plus, sans m’emballer totalement, avec des chansons comme Holiday in Congo et surtout le super clip de Omar K (la danse de la petite fille me rend fou). Néanmoins, c’est avec plaisir que je partais à la découverte de BOYS AND DIAMOND. Et disons le directement, le passage à l’étape hi-fi est une vraie réussite. Fini les petits sons un peu timides et simples, qui faisaient peut-être le charme des premières chansons, mais qui ne pouvaient que finir par sonner limités. Rainbow Arabia osent y aller gaiement et convoquer des beats qui claquent, empruntant des sonorités africaines mais aussi hip hop. On ne dira jamais assez quel bien cela représente pour les musiciens américains d’écouter du hip hop, contrairement à la plupart de leurs homologues européens. L’album commence très fort avec Boys And Diamond, parfait mélange entre beat syncopé et bruissement exotique et surtout le single Without You. Franchement, c’est juste magnifique de voir un groupe classé vaguement dans l’underground ou le hip, se lancer tête baissée dans une telle pop euphorique. Surtout parce que le résultat est réussi. Ici on pense à ce qui s’est fait de mieux dans le genre : Tom Tom Club pour l’énergie et Kid Creole and the Coconuts pour la variation potache des sons et des ambiances. Without You n’est peut-être pas du meilleur goût mais on a envie de l’écouter en se levant, en allant bientôt se baigner et surtout danser dessus. Sur tout BOYS AND DIAMOND, Rainbow Arabia ne baisseront pas l’allure et garderont cette recette à base de rythme épique et de sons venant de partout. La voix de la chanteuse parvient à insuffler une énergie pop et bizarre à la fois. Ici on pense à la Fever Ray de Triangle Walks. Cette ressemblance est encore plus forte sur les titres plus lents de BOYS AND DIAMOND : Hai et Mechanical. Avec la première, on entre dans un tourbillon qui commence comme du chamanisme pour se transubstancer mine de rien en un r’n’b dubstep. Pour ceux qui hésitent encore, on recommandera d’essayer This Life is Practise. Oui c’est très pop, oui c’est pas toujours génial, mais qu’est-ce que c’est bon et direct.

4 mars 2011

TT Trip : Lucky Dragons à Milan

Photo: Tiphanie Mall
Décidément, l’équipe de TT ne tient pas en place et se joue des frontières. Lucky Dragons étaient en concert à l’aquarium de Milan. On vous dit tout et même un peu plus.
Le 24 mars, la fashion week battait son plein à Milan. Mais (malheureusement), Think Tank n’a pas encore accès aux défilés et aux open bars. Ce n’est que partie remise. Si on s’est déplacé dans la ville lombarde, au delà de l’envie de focacia, de glaces et de pizza, c’était avant tout pour assister au concert des super Lucky Dragons. Milan oblige, le concert est quasi secret, même pas annoncé sur le myspace du groupe, et il a fallu tout le talent d’information de notre guide locale pour qu’on dégotte ce concert. Passé les bizarreries milanaises de devoir devenir membre d’une association pour pouvoir assister au concert, on parvient à rentrer dans le lieu du concert : l’acquario civico di Milano. Et attention, il ne s’agit pas d’un simple nom de salle. Non, le concert des Lucky Dragons avait bel et bien eu lieu dans un aquarium avec des poissons et tout, et pas n’importe lequel, c’est le troisième plus vieux d’Europe, le groupe jouant plus précisément dans le jardin d’hiver de l’aquarium. Ouah !


On entre vite dans la salle pour s’asseoir en tailleur dans le rond de personnes ébahies qui entoure Luke Fishbeck, tout seul pour représenter les Lucky Dragons ce soir. Mais pas tout à fait seul en fin de compte car, comme le déclarait l’autre membre habituelle du groupe, Sarah Rara, lors d’une interview, le groupe a une vision bien particulière de fonctionner lors des concerts : « Nos performances en live sont conçues pour générer des situations où le pouvoir est partagé de manière égale entre les membres du public et nous même. » Ainsi tout le monde est convié pour passer des disques détruits dans un rayon lumineux afin de varier le son. Des cordes de laines colorées se déroulent dans la salle et, pour produire un son, il faut que les différentes personnes se donnent la main. Ce côté participatif est vraiment bien. Ca a beau avoir un aspect un peu gentillet, à la limite du club med, et on se serait franchement passé de la grande blonde qui tapait sans conviction ni discernement sur une cymbale juste derrière nous. Mais voir toutes ces mines réjouies, cela fait plaisir et ça change de tous ces concerts où tout le monde s’ennuie en dodelinant de la tête. La configuration groupe sur scène d’un coté et en dessous une audience passive, cela fait du bien de la voir être chamboulée de temps en temps. Mais surtout au delà de cet aspect participatif, la musique produite en live par les Lucky Dragons est vraiment bonne. A partir de petits sons, proches de bruits du quotidien, mis en boucle, une musique advient à la fois entêtante et jouissive. Une électro entre le bricolage, le ludique et la transe. On est là assis en tailleur, tout heureux de se laisser emporter par les vagues de sons et de partager ce moment. Les Lucky Dragons jouent donc dans une catégorie proche de la performance sonore et on ne se précipitera pas pour acheter leurs albums (bien qu’en 11 ans de carrière ils en aient sorti la bagatelle de 19 pour certains très bons) tant c’est les dimensions d’improvisation et de collectivité qui plaisent le plus et semblent inséparables du live. Bon le seul bémol de ce concert, c’est qu’il a duré très peu de temps, à peine plus de vingt minutes. En même temps, ça a permis à la délégation de Think Tank de retourner admirer les thons, les poissons qui ressemblent à du homard et autres visages de raies vus d’en dessous. Bref un bilan très positif pour ce concert chaleureux et planant au milieu d’un endroit magnifique, dans une scène milanaise qui nous réserva plusieurs surprises liées aux différences culturelles. Ainsi nous sommes en mesure de vous révéler que la tecktonik se danse toujours dans les after milanaises et qu’il existe des jeunes qui ne connaissent pas Snoop Dog.




Photos: Tiphanie Mall

3 mars 2011

TANKINO : TRUE GRIT

Illustration : Saïnath Bovay
Adapté du roman de Charles Portis et déjà porté à l’écran par Henry Hathaway en 1969 avec John Wayne, True Grit permet aux talentueux frères Coen de croquer à pleines dents dans un genre qui peut leur sied à merveille : le western. Avec ses règles strictes, son ambiance unique, ses lieux cultes et ses récits tantôt austères, tantôt loufoques, il est un genre qui semblait fait pour réunir les nombreuses qualités des cinéastes frangins. Quid ?

Il faut se l’avouer : le synopsis et la bande-annonce ne cassaient pas des briques. Si ce n’est la (très bonne) utilisation de God’s Gonna Cut You Down de Johnny Cash qui monte tranquillement en puissance, le teaser nous montre une gamine partie à la chasse à l’homme aidée par deux lascars à éperons. Honnêtement, l’histoire d’une fillette de 14 ans plongée dans un monde de brutes alcoolisées et fort habiles du colt pour retrouver son papa tué par un méchant, relève de la comptine pour enfants et c’était à se demander ce que les Coen allaient chercher dans cette adaptation peu originale. Mais bon, on y va, car c’est les Coen ! Une autre raison ? Le retour de Jeff Bridges filmé par ceux qui ont fait de lui, il y a treize ans, l’un des meilleurs personnages coeniens : « the dude » dans The Big Lebowski. Comme attendu, la trame du film est plutôt simpliste. Après avoir réussi à décider le Marshal (Jeff Bridges), Mattie Ross (Halee Steinfeld – assez justement nominée aux Oscars) part en territoire indien accompagné du Marshal et d’un Texas ranger incarné par Matt Damon. Après quelques fusillades, de règlements de compte entre le ranger et le Marshal, de mini suspenses et de très beaux plans larges, l’histoire s’accélère vers l’heure et demie avec une très belle scène de duel à cheval ainsi qu’un dénouement attendu. Et c’est tout. Mais bon, c’est les Coen.

Pourtant, comme prévenu plus haut, le western avait tout pour laisser exploser l’immense talent des Coen. On avait pu en avoir un certain aperçu dans No Country For Old Men (classifié par certains de « western moderne ») qui fut une réussite totale (leur meilleur film ?). True Grit – qui veut dire « avoir du cran » ou « vrai courage » pour les Québécois – réutilise le thème de la « chasse à l’homme », sauf qu’ici la tension dramaturgique, si présente dans No Country…, n’effleure jamais vraiment le spectateur. L’histoire a franchement de la peine à décoller, et l’humour (pourtant la « patte » des Coen, si merveilleux dans le très sous-estimé A Serious Man) est très faible. Alors quand les deux meilleures armes des deux réalisateurs manquent, que reste-t-il pour ne pas renier ce film ? Serait-ce la musique, avec le complice de longue date des Coen, Carter Burwell qui, il est vrai, par moments, illumine le film ? Seraient-ce ces plans larges grandioses, où les frangins retrouvent le plaisir des scènes tournées sous la neige (retour à Fargo) ? Ou serait-ce alors un conte qu’il faut aller chercher derrière ce film déguisé en un western : la petite fille, la traversée de la rivière, un ours sur un cheval, un médecin, un fou, un pendu au milieu d’une forêt lugubre, un rodéo macabre, la gamine qui se retrouve au fond d’un trou (Alice n’est pas loin) près des morts… C’est vrai que le conte est une autre arme puissante des Coen (le mythologico-comique O’Brother). Le film bascule vers un autre niveau quand le Marshal Cogburn traverse cette nuit surréelle emmenant Mattie blessée sur le poney noir qu’elle avait acheté au début du film, ce poney noir qui devient alors cheval impérial pour son ultime voyage, avant que Cogburn porte Mattie dans ses bras. Ici on touche à du grand Coen. Mais c’est malheureusement un peu tard puisque le film se termine juste après.

Un joli film, bien sûr, un casting classe (on est déçu de voir le peu de temps accordé à Josh Brolin qui est excellent) et une histoire touchante à la manière de The Barber (Coen, 2001), sans rebondissements et sans réels éclats de génie, chose à laquelle les Coen nous avait habitués. Cette tranquille et agréable ambiance, qui n’énerve pas, qui ne transcende pas, mais qui fait mouche (plus gros succès commercial des Coen au box-office américain, dix nominations aux Oscars – dont celles du meilleur réalisateur et meilleur film – mais n’en reçoit aucune) a peut-être son explication au générique de fin. On y retrouve un certain Steven Spielberg en producteur délégué du film (celui qui peut être à l’initiative du projet), grand réalisateur, certes, mais de plus en plus conventionnel et normalisé. Deux termes qui peuvent convenir à True Grit : un film qui n’a ironiquement pas vraiment de cran. Mais bon, c’est les Coen, et on leur pardonnera.

2 mars 2011

TT TV: ANTIGEL FESTIVAL / JAMES YUILL EN INTERVIEW




Le Festival Antigel, premier du nom sur sol genevois, bouclait une stupéfiante quinzaine avec un petit zigzag artistique au vélodrome du Vel d'Hiv et à ses salles adjacentes: l'Eté en Hiver. Première partie de notre reportage avec, en prime, une interview du britannique James Yuill, durant le set de son compatriote Luke Abbott. En deuxième partie, interview et live de Nathan Fake.

28 févr. 2011

TT SPEACHES / FEVRIER 2011

Illustration: vitfait
TT Speaches: à chaque début de mois, l'écurie de Think Tank ouvre un post commun. Publié 30 jours après, il sera sensé ainsi approcher de l'exhaustivité. TT Speaches, c'est notre façon de vous faire part de tout ce qui est sorti en musique durant le mois écoulé.




Bonjour Pierre, c'est le début du mois de février. Et une nouvelle chronique pour Think Tank: TT Speaches. Une promesse, on parlera de chaque sortie veux–tu? Certes, ça ne va pas être de la tarte, mais tentons le coup. Surtout que niveau sorties ce mois, on est vraiment gâté: James Blake, PJ Harvey, Sonic Youth ou encore Bright Eyes. L'année commence très très fort. Mauvais plan pour débuter: Wire, ce groupe épouvantail du post-punk a sorti un nouvel album, paru sur leur propre label Pink Flag (oh la référence à leur disque-clé), et l'on n'a pas du tout rit. Pas que cet album vous retournait les tripes, au contraire. Dommage, il faudra encore attendre pour une nouvelle déflagration. Et ce n'est pas Sonic Youth qui s'en chargera avec leur BO du film Mais où est Simon Werner. Enfin, Simon Werner A Disparu. L'occasion de voir le groupe le plus in des étudiants en école d'art titrer leurs morceaux en français (" Les Anges au piano" ou " Jean-Baptiste et Laetitia" et encore mieux,  "Thème de Jérémie") et ne pas se la fouler en refourguant leurs plans guitares à la Sonic Youth / Dieu est ici présent. Là non plus ça ne rigole pas, et on s'est bien contenté de passer leur bande-son de film pour lire notre journal quotidien. Voilà pour mon introduction tendance négative.


 

Julien: L'album le plus attendu de ce mois de février est le fait d'un begginer, ou presque: James Blake (cover). Signé chez R&S Records, son premier album semble collectionner les étoiles et autres bonnes notes, avant de recevoir des lauriers et des hourras estivaux sans aucun doute. On l'annonce presque partout cet été, cela dit je crains beaucoup pour le passage de sa musique sur scène. Il faudra vaincre le brouhaha obligé. Bon, c'est un détail. Pour l'album, je doute que Think Tank soit à 100% enthousiaste. J'y vois un véritable génie derrière les boutons, mais qu'en est-il des compositions? Est-ce que, finalement, on ne s'enflamme pas un peu pour rien? Après tout, ce LP me semble naviguer dans les mêmes eaux qu'un Bon Iver, les chansons et l'émotion en moins...

Pierre: Moi, j'avais trouvé vraiment intéressant ses deux premiers EP (CMYK et Klavierwerke) et j'ai eu très peur en entendant le single de l'album: "Limit To Your Love". Déjà, je ne comprends pas la nécessité qu'à James Blake de faire une reprise quand il a plein de compositions à lui. Et puis, sa façon de chanter me faisait vraiment penser à Anthony and The Johnsons, un des groupes qui m'irrite le plus. Cette espèce de virtuosité de la voix, ça m'ennuie. En plus, la production de ce single est assez classique. Mais après cette première déception, je dois dire que le reste de l'album m'a vraiment convaincu. James Blake réussit vraiment à digérer l'influence dubstep pour en faire des chansons entre bricolage et virtuosité. Je trouve surtout que pour un album aussi attendu, il y a vraiment des choix stylistiques intéressants. Sur mes titres préférés, la double "Lindesfarne" et "To Care (Like You)", il se passe très peu de chose, on a l'impression d'entendre une seule piste dans le silence d'une chambre, puis ça monte gentiment et ça devient franchement grandiose. Alors qu'on est tellement habitué à entendre des chansons saturées, la maitrise des silences par James Blake est juste magnifique. 

Julien: toujours dans le registre électronique, j'aimerai vite revenir en arrière, au 31 janvier, pour parler de la compilation maousse du non moins prolifique label berlinois, BPitch Control: WERKSHAU place ainsi 17 artistes autour d'Ellen Allien, pour célébrer ses 12 ans d'activité. Est écrit sur la notice: "Imagine you had the job of representing your entire life in the form of seventeen songs - a difficult task? Unsolvable? BPitch control has attempted to do just that, packing a turbulent twelve-year label history onto one silver disc". Au programme donc, beaucoup de titres jamais sortis auparavant, entre la starlette Paul Kalkbrenner et les excellents Telefon Tel Aviv. Il y a de tout, de grandes choses – "Hiddensee" de Sasha Funke notamment – et d'autres choses moins vitales. Une bonne sortie néanmoins. Dans le même registre, Kompakt a sorti au début du mois la compilation POP AMBIANT, avec notamment les piliers du label, Paape ou Fehlmann et d'autre, Marsen Jules ou Triola, ce juste avant de lancer le EP de SBTRKT, STEP IN SHADOWS. Avant de sortir son premier LP, ce mec qui a longtemps côtoyé Modeselektor livre un 4-titres assez bon, entre dubstep élancée et proto – UK dance. Bien vénère, "Hide Or Seek" vaut le détour.




Pierre: En parlant de label électro mythique, Warp a sorti le premier album de Hundred In The Hands (cover). Et je suis franchement déçu, surtout que leurs précédents titres étaient bien plus frais ("Tom Tom", "Ghost"). Là, je trouve leur son hyper froid et lisse. Pitchfork en a dit un truc très méchant mais très juste: la seule gloire à laquelle Hundred In The Hands peuvent aspirer pour l'instant, c'est d'être remixé par Kitsuné. Et c'est vrai qu'on sent vraiment ce son genre électro-rock chic, un peu la musique lounge de notre époque. Il y a très peu d'âme dans le son de ce groupe. Même le single me laisse de marbre. Quand on écoute ce genre de musique, on se voit déjà s'ennuyer devant la publicité ou le défilé snob qu'elle va accompagner. Malgré tout le bien que je pense du label Warp, là je m'avoue tout sauf convaincu.

Julien: et j'ai presque oublié de citer les albums respectifs des allemands Isolée et de Steffi du label Ostgut Ton, taillé pour les platines mais souffrant de la concurrence ce mois-ci. pour te changer les idées,  je te propose la petite bombe italian electro des parisiens de Discodeine (label Dirty / Pschent). Sisi, et il y a même des featurings d'enfer avec oncle futé Jarvis Cocker (futur ex-Pulp) – pour qui 2011 pourrait être une grande année, son groupe à lui, Pulp donc, devant se reformer cet été – ainsi que celui qui devrait être appelé le Roi Soleil, Mathias Aguayo pour lancer l'album ("Singular": le tube de l'été?). Moi qui attrape la nausée devant les choses d'Ed Banger ou Kitsuné, là il y a suffisamment d'arguments pour que ce duo traverse autant l'Allemagne des clubs sobres que l'Espagne.


Pierre: Sinon Vice Records a sorti le premier album de Win Win. Je trouve que ça sent un peu trop l'album de producteur (à la base du groupe, il y a XXXChange de Spank Rock). Il y a de bonnes idées, en soirée ça doit sûrement tabasser mais à l'écoute, l'album reste un peu froid et manque de cohérence. Surtout, les voix sonnent souvent de façon désincarnée. Le tout hésite entre disco baléarique, rave et restes de la vague Ed Banger. Par contre, sur cet album éponyme, il y a deux featuring qui valent le détour: "Interleave with you" et "Release RPM". Sur la première, on retrouve Alexis Taylor de Hot Chip pour une chanson plus lente et assez majestueuse, un peu ce que Yeasayer avait vaguement essayé de faire sur leur dernier album. Sur la seconde, c'est Lizzie Bougatsos de Gang Gang Dance qui s'y colle et plutôt bien. Sa seule voix convoque cette transe ressentie lors de son concert à Kilbi en 2009. Toute la chanson se colle parfaitement à cette voix et devient diaboliquement entêtante et tribale. Donc voilà Win Win ne sont jamais aussi bons que quand ils font des featuring, sachant parfaitement faire ressortir tout le potentiel d'une voix, comme quoi c'est pas si facile de sortir de son rôle de producteur. Quant à Gang Gang Dance, leur prochain album est annoncé pour mai et ça, ça m'excite vachement.


 

Julien: c'est quelque chose que l'on risque de suivre en effet. L'autre grosse sortie du mois, c'est évidemment le nouveau PJ Harvey (cover), de retours aux affaires (sérieuses pour le grand public). Tout le monde en a parlé, ce d'autant plus que les deux dernières sorties de Polly Jean avait frisé l'anonymat et donc réjouit la plupart de ses fans hardcores, entre folk crépusculaire à tomber à la renverse (WHITE CHALK) et rock brut avec son ami proche John Parish (A MAN A WOMAN WALKED BY). Ce 9ème album pourrait bien être celui de la consécration: à mi-chemin entre sophistication et rugosité, Harvey semble avoir trouvé la bonne mesure, dans un disque très classieux et, ô surprise, politique. Honnêtement, si l'on n'a jamais douté des orientations multiples de la britannique, on ne s'attendait pas forcément à cela. Grosse prise de risque, et album du mois pour ma part mon cher Pierre.

Pierre: Beaucoup moins de risque pris dans les disques de deux groupes de filles de Los Angeles: La Sera et Puro Instinct. Ou alors s'il s'agit d'aventure, ce serait plutôt du genre safari enfermé dans une voiture blindée suivant des routes toutes tracées. La Sera s'autorise une échappée hors des Vivian Girls pour sortir cet album aux influences sixties. Ce n'est pas que ses chansons courtes soient mauvaises, mais à force de sobriété, elles manquent franchement de densité. Pour le coup, je préfère le son tout aussi rétro mais plus fun de son groupe. Quant à Puro Instinct, je dois dire que c'est un phénomène assez étrange, qui montre bien l'explosion de la notion d'underground, surtout dans la ville californienne, où les catégories de hype, hip et underground sont généralement moins tranchées. Dans ce cas donc, on a affaire à des soeurs blondes et toutes propres mais qui font clairement du sous Ariel Pink. L'influence de ce dernier et d'une certaine lo-fi californienne, psychédélisme lascif et bricolé., est indéniable sur HEADBANGERS IN ECSTACY. J'ai été assez séduit à la première écoute et finalement agréablement surpris de voir l'influence d'Ariel Pink touché aussi loin, surtout sur "Stilyagi". Mais vite, on ressent la désagréable impression que le psychédélisme n'est ici que façade. Alors que les compositions d'Ariel Pink sentent vraiment la folie, les chansons de Puro Instinct ont plutôt le fumet d'un plat réchauffé. Et franchement, dire autant de fois de Los Angeles et California sur un disque, c'est suspect. Est-ce que la scène locale serait sur le déclin après deux années de gros boom?


Julien: avant que l'on boucle ce post, n'oublions pas de parler de Esben and the Witch. Leur premier album – VIOLET CRIES – signé chez Matador s'aligne dans le sillage de Beach House. On devrait en entendre parler très rapidement. Au niveau petits génies inclassables, outre James Blake, c'est le premier album de Nicolas Jaar (cover) qui est sorti aussi ce mois de février: SPACE IS ONLY NOISE, diamétralement opposé de ses multiples remixes chills ou hédonistes, à choix. Ici, il est question d'espace(s), d'exploration sonore et d'un énorme travail en studio. Ce petit mec au nom douteusement francophone replace tant son Chili que l'Espace ("Space is The Place" clamait autrefois le roi Sun Ra). Un album dense et ambitieux pour un über-DJ qu'on devrait voir un peu partout cet été. Voici peut-être le futur grand nom de l'électro. Tu voulais me parler de Cut Copy non ? En attendant, je termine mon mois TT Speaches avec l'album de Gil Scott-Heron I'M NEW HERE remixé par Jamie Smith des XX, ce qui donne WE ARE NEW HERE. Franchement, comme dans tout album de remixes, on ne va pas tout encensé, mais il y a vraiment de quoi se satisfaire avec ce phrasé / parlé associé à la dub du londonien. Ca fait un peu penser à Bobby Womack avec Gorillaz ou à des vieux morceaux dances des années 90. Jack White a produit l'album de Wenda Jackson, Jamie Smith remixé un autre vieux briscard. On a tout de même de quoi être fier de notre génération.

Pierre: Je vais effectivement conclure ce premier TT Speaches par une question sur Cut Copy. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer qu'est-ce qui plait tant chez eux? Parce qu'après avoir questionné les autres membres de Think Tank, je n'ai toujours pas eu de réponse satisfaisante. Bon d'accord, leur clip est assez bien, surtout le moment où il y a des voitures qui passent. Et oui, c'est une chanson tubesque. Mais moi, ce son kitch 80's, cela me touche pas vraiment, à vrai dire ça m'agace même assez vite, surtout sur tout un album. J'attends vos commentaires et peut-être qu'au mois de mars, j'aurai finalement compris.


Disque du mois:
Julien: PJ Harvey, LET ENGLAND SHAKE
Pierre: James Blake, JAMES BLAKE

Singles du mois:
Julien: Stranded Horse, "What Difference Does It Make ?" (The Smiths Cover)
            Discodeine, "Synchronize" Feat. Jarvis Cocker
Pierre: Elite Gymnastics, " WAKA"
           Panda Bear, "Last Night at the Jetty"
         




Et ce dont on n'a pas pu parler ce mois:
...And You Will Know Us By the Trail of Dead
Gruff Rhys
Bright Eyes
Yuck
The Twilight Singers
Toro Y Moi
The Go Team!
MEN
Stateless

22 févr. 2011

TT TV: THE MONDRIANS (ACOUSTIQUE)



Deuxième partie de notre reportage dans la campagne vaudoise, à la rencontre des petits doués des Mondrians. En fin d'enregistrement de ce qui sera leur deuxième album, le groupe suisse nous recevait dans cette superbe bâtisse demeurée intacte. Un joli terrain de jeu afin d'effectuer un morceau acoustique rien que pour Think Tank. "Church" figurera sur le disque et on est heureux de vous la faire écouter en primeur. Moteur!

20 févr. 2011

TANKART: TT TRIP BASEL

Illustration: vitfait
C'est les vacances pour certains amuseurs de Think Tank. L'occasion pour deux d'entre eux de prendre leur bicyclette dans le train direction Bâle avec une guide avertie. 30 heures à peine sur place et pourtant quelques très belles choses aperçues dans la ville la plus romande de Suisse alémanique (ou l'inverse). Micro-récit d'un voyage placé sous le signe de la vidéo.

Galerie New-Jerseyy à la Hüningerstrasse 18, au Nord de la ville, administrée par de jeunes gens en baskets Mizuno dont Tobias Madison: le Californien Pentti Monkkonen vernissait l'exposition "Crawfish Bisque", à la cohésion étonnante. Au menu, une virée joviale entre petit-plats néerlandais et effluves du Mississipi que n'aurait pas renié un Benny Hill inspiré. Monkonnen y met du sien et sa vidéo se retrouve pertinemment dans un bien beau théâtre miniature / casserole pour soupe posé sur des fondations de moulin à vent / château d'eau. Au centre de l'affaire "Crawfish Bisque", on retrouve tant cette structure dans la vidéo que la géniale valise – nappe pour picnic pratique mise en scène dans un carré de nature reconstituée dans un coin de la galerie. Attention où l'on met les pieds, un Bloody Mary à la main (la spécialité de la maison?) ce soir-là. A l'opposé, un autre sac dépliable, en tissu tressé par de sveltes machines californiennes, reprenant un objet autrefois couramment utilisé et retraçant ici en trois mètres de long le périple filmé par Monkonnen. Une bien belle unité dans cette exposition aux multiples références et reprises. Vivant à Los Angeles, Penti Mokkonen dit "l'homme que l'on croise à chaque coin de rue" (l'appellation n'est sans doute vérifiable qu'à Bâle) est né en 1975 excelle notamment dans les installations ou autres sculptures et fut professeur en céramique. Son exposition est visible jusqu'au 12 mars.


Toujours dans le registre vidéo, après une courte halte au magnifique garage Von Bartha pour faire le plein de flyers et magazines (l'espace y présente une sélection de travaux de l'allemande Imi Knoebel), on fait chauffer nos pneus 23 pouces à travers les ruelles escarpées de la vieille ville pour se rendre au Museum für Gegenwartskunst. Le Français Pierre Huygues a vu ses meilleurs travaux vidéos acquis par ce bien bel espace tout en recoins et en étages. Depuis le 22 janvier et jusqu'au 5 mai, trois vidéos sont ainsi honorées:  Atlantic (1997), L’Ellipse (1998) et This is not a Time for Dreaming (2004). Cette dernière, sans doute la plus connue et reconnue, consiste en un conte fait de marionnettes retraçant l'histoire d'un bâtiment conçu par Le Corbusier, le Carpenter Center for the Visual Arts à Harvard et celle du propre projet de Huyghe.


Toutefois, c'est L'Ellipse qui a suscité les ovations enthousiastes de la petite équipe de Think Tank: un trypique de 13 minutes, avec Der amerikanische Freund de Wim Wenders (1977) comme périmètre et sujet: 20 ans plus tard, Huyghe y greffe une partie en forme de faux raccord jadis. En steadicam 16mm, on suit Bruno Ganz en lente cavalcade parisienne sur un plan-séquence étourdissant, déployant sa classe et sa nonchalance durant une poignée de minutes. On est resté scotché devant cette installation. Au même étage, le diapo de la performance nonsensique de Simon Starling intitulée Autoxylopyrocycloboros (2006) via un projecteur moyen-format nous aura permis de terminer avidement ce petit voyage. Starling alimente le moteur de son bâteau à vapeur par des parties de la structure de son propre bâteau. Très beau, encore une fois.


18 févr. 2011

MUSIK TANK : BEST COAST OU LA FIN DE L'HIVER ?

Illustration : vitfait
Dans cette masse musicale de plus en plus envahissante, je manque de trouver un petit bout de bonheur qui mêlerait simplicité, nostalgie et sécurité en pas trop de temps. Il y a trop de bons disques qui sortent il paraît. Ok, je veux bien, mais c’est étouffant et personnellement, je n’arrive pas à suivre. Alors évidemment, mes amis rigolent quand je leur parle tout souriant d’un groupe que je viens de découvrir alors que l’album a déjà six mois. Pourtant, c’est en entrant à l’improviste dans la chambre de mon frère, cherchant quelque chose de nouveau à écouter, qu'il me tend un disque jaune avec un petit chat dessus : « prends ça, tu devrais aimer. »


Best Coast existe depuis deux petites années (sûrement plus), c’est un groupe composé de trois membres, deux filles et un mec. Bethany Cosentino est la « leadeuse » du groupe, elle écrit toutes les chansons qui sont exécutées par Bobb Bruno, le multi-instrumentaliste du groupe. A la batterie, une ex-Vivan Girls : Ali Koehler. Leur site web est un mini blog (http://bestycoasty.blogspot.com) qui mélange mode, photos de clips et « wouah ! regardez cette vidéo qu’on a trouvé sur Youtube ! ». Lors de leur tournée US, elles ouvrent régulièrement pour le semi-génial Wavves. On comprend, car en écoutant la galette, on y retrouve la même gentille folie édulcorée qu’à l’écoute du dernier Wavves. Les chansons s’enchaînent avec simplicité. Elles se ressemblent, bien sûr. Mais c’est temps mieux, car la prod est bonne et donne l’impression de regarder un film en Super-8 jauni (couleur constante du livret) pendant 28 minutes. Car il n’en faut pas plus. Moins d’une demi-heure, c’est juste ce qu’il faut pour ne pas commencer à trouver l’album chiant. Un disque homogène, dans le bon sens du terme. Leur premier single a marqué Pitchfork, sélectionné comme « best new track » : Boyfriend ouvre l’album majestueusement ; on crierait presque à une demo du premier Arcade Fire. Mais la suite donne tout son sens au morceau : ça ne décollera jamais plus haut, bien que les morceaux restent (et je le souligne !) de qualité, mis à part l’horrible Happy où mademoiselle Cosentino chante comme les Cranberries et alors là c’est « next track » et pis-c’est-tout !

Pas besoin de grosse tartine pour parler de ce disque, si ce n’est qu’à l’écoute, on aimerait sauter dans la mer, sentir le soleil brûler sur sa peau et écouter Crazy For You en boucle. Mais dans une pareille situation, on serait peut-être très vite lassé de ce Best Coast. C’est pour ça qu’il faut l’écouter en hiver, en rêvant de l’été. Une fille qui se plaint de son petit ami tout au long du disque pourrait être très pénible, mais Crazy For You, The End, Our Deal, Goodbye, le génial Summer Mood, le faux-shoegaze-solaire I Want To ne peuvent vous passer au-dessus sans vous toucher. Si ? Bratty B enfonce le clou. Il faudrait les entendre en live, mais aucune date suisse n’est prévue. La bande se produira au Printemps de Bourges en avril, en espérant que le Romandie ou le Bad Bonn les attirent. Review courte pour un disque tout aussi court, mais classe. Un disque de fin d’hiver génial pour ceux qui attendent l’été avec trop d’impatience.

16 févr. 2011

TT TV: THE MONDRIANS (INTERVIEW)



Deux ans après leur premier album éponyme, The Mondrians ont vu beaucoup de choses changer autour d'eux. Un nouveau batteur, des déménagements successifs si bien qu'il est encore difficile de les considérer comme un groupe valaisan (l'ont-ils jamais été?), la fin de la grande vague rock, de nouvelles aspirations. Et ce groupe, coûte que coûte, formé on ne sait plus, en 2003 déjà? Pour un deuxième album au goût de revanche, The Mondrians ne sont pas allés chercher Gordon Raphael (producteur du premier LP), ni le dépaysement. Rendez-vous donc avec eux dans la campagne vaudoise pour cette première partie "interview", annonçant l'acoustique à venir.

15 févr. 2011

KINO KLUB: ARCADE FIRE – THE SUBURBS (CAN)



Difficile d'échapper cette semaine à la tornade Arcade Fire, vainqueur dimanche dernier du prix du meilleur album 2010 aux Grammy Awards. Prestigieux honneur pour un album déjà "classique", qu'ici à Think Tank on a aimé dans ses grandes largeurs (où est la verve de FUNERAL?). Rendons–leur toutefois hommage: car en 2010, Arcade Fire aura surtout livré un clip génial, servi sur un plateau par Spike Jonze. Qui a dit que le clip était mort?