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12 avr. 2011

KINO KLUB: SoundCloud (SE)



Dans le cadre de sa nouvelle campagne mastodonte, "Adidas is all in", la marque aux origines allemandes a eu la bonne idée, dans son plan marketing ciblé lifestyle, d'effectuer de courts reportages sur des associations, des start–ups, des individus. Avant–hier est donc paru un court docu sur SoundCloud, que tout le monde connaît en 2011. Pour l'instant, nous n'avons encore que peu utilisé notre compte SC, mais nous profitons de ce Kino Klub pour reposter notre mixtape du meilleur de 2010 (PVT, Tame Impala, Sufjan Stevens, etc.).



 

11 avr. 2011

TT SPECIAL: BLACK SWAN, INTERVIEW D'UNE DANSEUSE, UNE VRAIE

Illustration: Julien Gremaud

Il suffisait que j'agende une rencontre avec notre interlocutrice du jour pour que la vérité éclate: oui, Nathalie Portman n'aurait effectué que 5% des scènes dansées dans le dernier Aronofsky, Black Swan. Cette vérité était sous–jacente lorsque nous avons conversé à propos de ce film à débat(s) avec Noémie, danseuse classique. Parce que nous pensions qu'avoir le point de vue d'une vraie du métier était nécessaire, avec un petit peu de recul, pour parler autant de danse que de sensualité, de scénario que de Tchaïkovski. Vous reprendrez un peu de dessert?

Scandale donc: cela était prévisible. On ne triche pas avec l'Académie américaine. Non pas que cela nous étonne, mais il y a des choses que l'on ne fait pas: inventer de faux arguments marketings, débouchant sur 1– un carton au nombre d'entrées. 2– un passe–droit rapide pour un Oscar récompensant régulièrement des performances exceptionnelles. 3– une légère colère, légitime, pour la profession lésée. C'est cela le plus grave. Alors que l'on fait la chasse à la sorcière tant chez les sportifs que chez les artistes, comment peut–on encore croire les préposés à la communication de tels produits de masse quant ils vantent l'entraînement surhumain qu'au pu endurer dame Portman? C'est un peu gober la farce du pouvoir des hormones de croissance, avaler que Fabian Cancellara s'est amusé à mettre un moteur dans son vélo ou qu'on devient danseuse classique en trois mois. C'est un peu du n'importe quoi. C'est rendre l'exceptionnel accessible, c'est ne pas comprendre que dans danse, il y a le mot art, laissant apparaître sacrifices, souffrances et dévotion. Non, cela, c'est le plus grave, on ne va plus y penser pour finir par mollement rêvasser sa vie. Pourtant, est–ce que cela ne sentait–il pas à plein nez que Nathalie Portman, eh ben elle était franchement pas cap' de danser ça? Fin de la parenthèse. Cet interview est laissé tel quel, évitant ainsi ce débat pas franchement nécessaire induit par ce traditionnel goût du profit et du succès.  Il y a bien d'autres choses à dire de ce Black Swan; c'est aussi notre façon de témoigner de ce film qui restera, quoi qu'en disent les sceptiques, comme un des gros coups de 2011. On avait lu Noémie sur le web, s'exprimant avec entrain après avoir vu le film. En gros, elle disait l'avoir aimé, même si elle modérera son enthousiasme durant l'entretien. Avec le recul, forcément…


Black Swan s'inscrit dans ce genre "couperet", celui du sport, ou de la représentation d'un monde codifié et sur–représenté. On risque toujours de rapidement tomber dans la critique… 
Noémie: tu es clairement exposé à la critique. Le film montre l'autre face de la danse. On pense souvent la danse, les tutus, c'est joli, mignon; c'était intéressant de parler d'autre chose, qui est vraie elle–aussi. Par contre, pour moi, tout était en surface; je n'ai jamais eu de frissons ou la sensation de vraiment pouvoir m'identifier à cette personne–là. 

Ici, la danse apparaît ainsi plutôt comme un prétexte pour parler de la démence?
Oui, tout à fait. Aronofski a aussi puisé son inspiration dans le Lac des Cygnes, le cygne blanc, le cygne noir, c'était un beau prétexte. La fille joue les deux rôles, c'est vraiment un challenge de faire les deux sur un long métrage.

Tu parlais d'absence d'émotions…
C'est une question d'habitude sans doute. C'était beau, bien sûr, mais quand tu vois cela en vrai, c'est autre chose. Je n'ai rien ressenti non plus devant la dégradation de la danseuse; comme un sentiment de déjà–vu. Les mises en scènes sur les séquences de danse sont cela dit très bien faites, super lumière, supers costumes, hyper léché, ça oui. L'écran brise selon moi cette intensité cela dit.

A l'annonce du scénario du Lac des Cygne, le metteur en scène (Vincent Cassel ndlr.) annonce une représentation moderne et audacieuse de la pièce. Au final, on veut bien le croire mais ici aussi c'est de la surenchère. 
Le fameux narcissisme de tous les chorégraphes qui veulent faire mieux que tout ce qui a déjà été fait… Sûrement un clin d'œil de la part d'Aronofski.

Il y a aussi cette incroyable théâtralité de son arrivée dans la salle d'entraînement…
Oui et non. En même temps, on retrouve toujours ce respect du chorégraphe, la peur de se faire virer. Suivant les compagnies, les contrats sont à court terme, et si tu n'es pas assez respectueux ou que tu ne montres pas suffisamment de soumission tu peux tout à fait te faire virer. C'est une peur omniprésente. Cette représentation était tout à fait légitime et bien représentée.

On le voit aussi comme Le mec, celui qui profite de la situation, de chaque situation, avec les danseuses notamment.
Etant donné qu'il y a un certain rapport au corps dans ce genre de milieu, les dérapages peuvent être plus faciles quand dans un bureau, où tu as tout de même une distance physique.

On montre tout de même un rapport excessif de conséquence avec certaines des danseuses.
Par rapport à mon expérience, on va dire que j'ai déjà souvent vu cela; ça ne me choque pas vraiment. Je ne pourrai pas le démentir en tout cas.

Ce fameux rapport au corps…
Je pense qu'à ce niveau–là Black Swan a pu choquer. Pour nous c'est plutôt… la routine. On a toutes eu une pote anorexique, une autre boulimique. Les pieds qui saignent, c'est aussi valable (rire). Toutefois, je pense que Nathalie Portman a reçu un peu trop de ces caractères. C'est en principe quelque peu plus échelonné. Il n'y avait cela dit que deux heures de film, il fallait se dépêcher de tout déballer.

On la retrouve très vite en porte–à–faux dans le film, entre ce statut de star et de victime. 
La danse n'est pas un art qui puisse t'apprendre l'amour. L'amour pour ton art est sans doute vrai, mais très peu d'amitiés sincères se forment. Ici, cette notion était très bien montrée. La concurrence, l'impossibilité de se lier à quelqu'un. Tu ne vas apprendre l'amour, pour toi, pour les autres à travers la danse.

Black Swan nous fait ressentir cet isolement profond…
Tu ne rapproches de personne, tu ne sais jamais jusqu'à quel point tu peux faire confiance à tes partenaires. Tu es toujours un peu seul. 

La folie du rôle joué par Nathalie Portman est donc, comme on l'a dit, permise par la danse?
C'était tout de même trop forcé, on tombait carrément dans le cliché. Encore une fois, c'est vraiment un étalement de tout ce qui est possible de vivre dans et par la danse. Il y manquait de critique.

A l'américaine…
Tout à fait. Après c'est clair que tu trouves ici un bel éventail de tout ce que tu peux trouver dans la danse (rire).

On n'est pas loin du documentaire en fait?
Oui, c'est plutôt un mauvais reportage si tu veux (rire). Surtout, tu t'attends à ce scénario, et puis ces effets spéciaux où elle se transforme avec ses plumes, un peu lourd tout ça. Je ne sais pas ce que tu en penses (rire).

Dans un autre registre, il y a aussi cette notion de perfection. Les derniers mots du films sont d'ailleurs: "je l'ai senti, c'était parfait". Quel est ton avis, sachant que cette perfection s'associe souvent à un feeling indescriptible en sport, quand tu es en état de grâce?
Ce n'est jamais parfait. Tu es en état de grâce, bien sûr. Cette recherche infinie fait sans doute la beauté de la danse par exemple. Même s'il y a cette frustration de l'autre côté… C'est ce qui te pousse à t'entraîner chaque jour, tu sais qu'il y aura toujours quelque chose à faire en plus. Pour moi, le film est tout de même trop resté en surface, il y aurait eu plein d'autres pistes à creuser: prenons la rivale de la reine des cygnes. On ne saura jamais quelle relation les lie, la perversité ou l'aide à l'affranchissement. Il y a manqué de la profondeur. La folie aussi: tu la sens, tu la frôles, mais tu ne l'affrontes pas, ce n'est pas facile de ressentir ce qu'elle est en train de vivre. C'est tout par des gestes en fait, quand elle se gratte, etc. Et tout à coup elle est complétement cinglée, c'est un peu grossier quand même.

Le rôle joué par Winona Ryder en tant qu'ancienne reine des cygnes, cette danseuse qui pète un câble, est lui extrêmement bien ficelé. Quand elle dit ne plus rien être, qu'elle n'a plus de but, on ressent une grande part de vérité. Après, encore une fois, cette séquence est effleurée l'espace de quoi, trente secondes? Il y a plein d'éléments mais tout fut trop mixé. 

Revenons sur la performance de Nathalie Portman: truqué ou non?
Si on la voit en entier, c'est de loin, ou sinon on ne voit toujours que des plans coupés. Une danseuse étoile de l'Opéra de Paris aura fait 10 ans de formation, plus des années et des années d'entraînement pour arriver à ce stade d'étoile. Je ne pense pas qu'en une année, même si elle a dansé tous les jours, qu'elle ait pu arriver à ce stade–là. Ceci dit, elle a tout de même fait une belle prestation d'actrice et a su prendre les tics des danseuses. Se tenir comme une danseuse par exemple n'est pas donné à tout le monde.

Le sujet a dû être largement présent dans vos vestiaires…
Oui! Dès qu'on est arrivées à l'entraînement, c'était: "tu as vu Black Swan?". On a toutes parlé de ça (rire). A part ça, encore une fois, Portman a effectuée une super prestation. Ce film va aider le milieu de la danse. Il y aura davantage d'inscriptions aux cours. Peut–être pas en voyant sa folie bien sûr, mais avec ces belles images de danse notamment… La danse classique, qui peut être perçue comme ringarde, est magnifiée ici par de super belles images pouvant toucher les spectateurs. La production possédait de gros moyen pour en faire un bel objet, c'est évident.

Avant l'interview, tu m'as brièvement parlé du nouveau film de Wim Wenders, Pina (voir le trailer ci–dessous), et tu me disais: "ça c'est un film de danse!". Je ne l'ai pas encore vu, peux–tu m'en parler?
Il s'agit effectivement d'un très beau film d'hommage. C'est un film de danse qui donne de l'espoir en cette pratique. La metteur en scène, Pina Bausch, avait un rapport profond avec ses danseurs, quelque chose d'inhabituel. C'est un film de danse comme moi j'aime voir la danse. Ce n'est sûrement pas une réalité de tous les jours, mais elle a des danseurs depuis 20 ans, même s'ils sont vieux elle les garde. Ils ont une relation d'amour à elle tout comme elle a une relation d'amour avec eux qui est hyper pure et saine.

Voici peut-être la différence entre cinéma américain et cinéma européen, où ici on est plus dans le psychologique…
C'est aussi représentatif d'une compagnie saine, où tu pourras y apprendre l'amour. Dans Black Swan, il est inexistant. Mais cela n'a rien à voir. Deux dimensions différentes. Et il est en 3D en plus (rire). Tu crois pouvoir toucher les danseurs! Pina Bausch est spéciale, aussi étrange que charismatique. Ce n'est pas le même monde cependant, on ne parle pas de la danse classique proprement dit.



3 avr. 2011

TT TV: Konono N°1 au Bad Bonn Düdingen



De Kinshasa, Konono N°1 fait partie des grands noms historiques de l'Afro beat. Parmi les plus innovateurs et les plus influents dès sa naissances à la fin des années 60, le groupe est encore en activité, avec toujours de nouveaux musiciens au sang frais. Où le concept de band prend ici un tout autre sens qu'en Occident. Konono N°1, un groupe pour la vie, prêt à durer. Nous avons rencontré le fils du fondateur, Mingiedi Mawangu, peu avant leur prestation percutante dans les murs du Bad Bonn.

30 mars 2011

TT SPEACHES / MARS 2011

Illustration: vitfait
TT Speaches: à chaque début de mois, l'écurie de Think Tank ouvre un post commun et le publie 30 jours plus tard. TT Speaches, c'est notre façon de vous faire part de tout ce qui est sorti en musique durant le mois écoulé, et surtout le constat que, finalement, on ne fait qu'oublier beaucoup d'albums.


Julien: Voilà, bon. Hum, on en a loupé des belles tout de même le mois passé. Pandit tout d'abord. Enfin, il fallait le trouver ce groupe. L'album s'appelle ETERNITY SPIN. Nos collègues de Magic eurent ces mots flatteurs à son encontre: "Pandit pourrait être l’une des révélations inattendues de l’année". Si si. Vraiment inattendu: pas de sortie internationale, pas de plan marketing, des micro-labels s'en occuppant (Waaga entre autres) ainsi qu'une identité assez trouble. Seul aux commandes, Lance Smith vient de Lumberton et a enregistré ce premier LP seul dans sa chambre, un LP à caser entre la classe intemporelle d'un Neil Young ou ses héritiers Bradford Cox / Panda Bear. On temporise, voire on tire le frein à main jusqu'au final European Dance Theme (feat. Foxes In Fiction), pas loin d'un Brian Eno. Question: pourra-t-il s'exporter? Par ailleurs, on nous a reproché avoir passé sous silence tant Radiohead que Toro Y Moi. C'est chose réparée, via des longs articles trouvables sur TT, avec plus ou moins de gentillesse suvant les cas. J'ai entendu dire que tu avais pas mal de trucs à dire ce mois Pierre n'est–ce pas? Déjà, Pandit, comment?

Pierre:  Ouais, il y a des choses assez biens mais certains chansons sont un peu trop folk pour moi et ceux qui me connaissent savent la relation délicate que j'entretiens avec tout ce qui se rapproche de genre ou du songwriting américain. Mais avec Kurt Vile, je suis prêt à faire une exception. Overnite religion m'avait déjà séduit mais j'attendais encore un album réussi. C'est désormais chose faite avec  le nouveau SMOKE RING FOR MY HALO. On aura beau chercher, difficile de trouver quelque chose à reprocher à cet album. La qualité d'écriture et de mélodies est bien là. Loin des poses surjouées d'une Amérique profonde, Kurt Vile déploie une grâce de poète urbain, chantant sous les ponts. A voir les très bonnes vidéo et chansons de la série "Don't Look Down" de Pitchfork.























Julien: on devrait sans doute le voir tourner cet été en Europe. Enfin, il fait déjà le Primavera ce printemps en Espagne. Sans doute l'artiste qu'on aurait voulu voir à la Kilbi, mais n'en demandons pas trop et  attendons de voir comment se comporte ce membre des War on Drugs dans le futur, une fois la hype passée. Sans transition, j'en profite pour annoncer mon album du mois, sans conteste: Robag Wruhme, THORA VUKK (cover ci–dessus), importé par Namskeio, à paraître le mois prochain suivant certains pays. Pas de shoegaze ici, mais une électronica admirable, pensée et construite en 12 morceaux, à rapprocher de Sascha Funke. Beaucoup d'espaces dans les compositions, de hiatus d'humeurs et de ponts entre une folk futuriste et une minimale lustrée sans luxure. Membre des anciens Wighnomy Brothers (avec son associé Monkey Maffia), Gabor Schablitzki fait selon moi énormément de bien à cette culture électro, sachant clubber avec corps et surtout pas mal d'âme. Cette fois–ci, sa nouvelle production n'est ni signée chez le géant Kompakt ou les enfants de Jena, Freude–Am–Tanzen, mais chez le petit Pampa Records, aux dents de plus en plus longues (le nouveau Isolée, des titres de Nathan Fake, Axel Boman ou encore DJ Koze). Dans THORA VUKK, on retrouve une belle collection de samples, de voix, de clavecins défoncés ("Brücke Eins"), et de quoi vraiment rendre jaloux des grands noms de l'électro (l'éponyme "Thora Vukk", ou ""Bommsen Böff" est vraiment taillé pour le succès).

Julien: on reprend son souffle, toujours dans le registre électronique, DUST REMIXES de Ellen Allien (distribué aussi par Namskeio), la diva berlinoise qu'on ne présente plus, omniprésente (trop?), sachant faire tourner le commerce et fructifier son dernier LP, DUST donc. Une série de remixes par certains DJs over the top, Nicolas Jaar ou Tim Hecker. Des choses très bien dans le disque, le tribal et tonique "My Tree" par Ripperton's Backlash, le deep "Dream" par Bodycode, mais aussi un peu d'opportunisme avec l'excellent "Flashy Flashy" remixé ici par Nicolas Jaar en une bouillie à la Ibiza ou le vain "Searching" de Shonky. Sans surprise, "Schlumi", par Camea, est vraiment très accrocheur alors que le meilleur titre de DUST, "Our Utopie", est ici remixé par Kassem Mosse, en gardant ce gimmick saillant en version club. Sinon, c'est quand même assez passable malheureusement. On reste à Berlin avec Mike Dehnert et son premier album, FRAMEWORK (label Delsin). De la raw techno propre en ordre pour cet habitué du Berghain. Pas de grosse surprise dans le registre (on relève toutefois deux inédits si vous achetez le LP en vinyle) mais de quoi casser quelques noisettes sous des néons, avec notamment le flinguant "Quattro", sa ritournelle et son synthé bien trouvé ou encore "Beatmatching" que Boomkat décrit comme un futur classique. A écouter en 5:1, voire plus si possible.























Pierre: Comme tu as lancé ton album du mois, je vais aussi me jeter à l'eau. Pour moi, c'est  la mixtape de The Weeknd: HOUSE OF BALLOONS, disponible ici (cover ci–dessus). Pas que j'adore tout dans cet album mais je trouve vraiment que c'est le plus marquant de ce mois de mars. Certains s'étonneront qu'un disque de R'n'B ait sa place sur Think Tank. Mais ce disque est à la fois un ovni musical et symptomatique de mouvements musicaux actuels. Ovni parce que tout en étant dans un style directement défini comme R'n'B, style que l'on croyait trop kitch ou mort, il se retrouve sur les différents blogs d'avant-garde, sa production détonne fortement avec les classiques du genre et il sample des groupes raffinés. Symptomatique parce qu'il représente justement ce que différents articles sur TT affirmaient. D'une part, le brouillage des distinctions mainstream et underground. Weeknd appartient tout autant à l'un et à l'autre. Les mélodies sont faciles, la voix mielleuse mais les sons sont bizarres, heurtés, parfois sombres. C'est là qu'on arrive au d'autre part: la diffusion extrêmement large du dubstep et des sons fantômatiques. Weeknd, c'est finalement une version américaine de James Blake, moins blanche, plus assumée. On y retrouve cette même alliance de deux éléments en apparence opposés: un son parfois crasseux et une mélodie à la limite du kitch. Cet alliage reprend finalement deux composantes importantes de la musique de ces dernières années, tant mainstream qu'underground. Le dubstep donc, et la fin des mélodies déconstruites au profit d'un retour au chant clair et débordant d'émotion, que ce soit dans l'autotune de Kanye West ou la dream pop de Beach House. Ces derniers sont d'ailleurs samplés sur HOUSE OF BALLOONS pour deux chansons au top de la mixtape: "The Party After the Party" et "Loft Music". T'en penses quoi, Julien?

Julien: récemment, un ami habitant dans la capitale allemande et connaissant mes goûts quant il s'agit de rythmes électroniques s'est étonné après m'avoir vu faire passer le lien pour télécharger l'album. En effet Pierre, on peut tout à fait lire ce disque au premier degré, voire au premier morceau (le terme ne dit que mon pote n'ait pas écouté l'album avec précaution); une voix perchée, sucrée (oui je n'ai pas trouvé mieux), du presque mainstream, mais une déglingue sous-jacente. Je crois que c'est cette lecture à plusieurs niveaux qui est intéressante dans ce disque, comme pour celui de James Blake d'ailleurs tu as raison, ou même des XX (n'allons pas plus loin). The Weeknd apportent quelques pistes non pas nouvelles mais récentes, suffisamment soignées pour être retenues par une poignée d'artistes à moyen–terme.  Si je résume: deux albums du mois entre électronica, dubstep et minimale, sélectionnés par des enfants du rock, pas pour faire semblant, mais vraiment parce que cela nous plaît. 2011, nouveau débat: le rock est–il de nouveau mort, sacrifié ou tout simplement, encore une fois, épuisé? A suivre…























 Pierre: J'ai reçu tout récemment le nouvel EP de Mi Ami: DOLPHINS (cover ci–dessus). C'est un groupe que j'aime beaucoup et qui a sorti deux très bons premiers albums. A ce que j'ai compris, un des membres du groupe (qui est à la base un trio) s'est barré et les deux musiciens restant en ont profité pour faire prendre un  virage… électronique à Mi Ami, à grands coups de sampler et de synthés. Si cette nouvelle formule est parfois un peu maladroite ou trop facile, DOLPHINS déploie quand même 4 titres au dessus du lot. On retrouve les éléments qui font le style de Mi Ami, cette voix en forme de gémissement agressif, ces rythmes déments,  les longues plages répétitives et intenses. Mais tout ça est passé au tamis électro. Attention, ici pas question de sons clairs ou froids. On a plutôt l'impression d'entendre un groupe underground se servant d'appareils trouvés dans la rue et rafistoler vite fait. Hard Up en est l'exemple parfait. Une tuerie que Mi Ami auraient presque dû raccourcir pour en faire Le tube du genre. Les trois autres titres lorgnent du côté des dix minutes et sont plus proches du travail passé du groupe, c'est-à-dire toujours aussi bons. Dolphins part sur des rythmiques en vrille aux sons de synthés malades ("Wild Child"), tandis que Echo se repose sur un beat simple, qui sera prétexte à toute les explorations possibles sous les auspices d'un chant tout bonnement incroyable d'intensité.

Julien: je retiens vraiment "Sunrise" sur ce EP, avec aussi pour ma part une grande surprise de retrouver ce groupe sous ce jour. "Hard Up" est pas franchement éloingé de PiL ou de l'esprit des Happy Mondays, là aussi un groupe qui jouait en longueur(s), morceau à remixer au plus vite pour vraiment faire vrombir les pistes de danses. Pierre, je sais pas, ces 5 minutes tiennent la route, la basse y prend son pieds, nos pattes aussi. A suivre pour un nouveau LP?
























Julien: dans le registre grand pop, il ne faut pas louper la sortie du nouveau Lykke Li, WOUNDED RHYMES, sorti sur son propre label, LL Recordings (cover ci–desus). Li Lykke Timotej Zachrisson avait quasi tout rafflé en 2008 avec YOUTH NOVELS; c'était pas mal, un peu trop rose–bonbon (re: oui je n'ai pas trouvé mieux), mais franchement meilleur que la soupe normale, c'est–à–dire beaucoup de monde, Kate Nash en tête. Deuxième LP donc, qu'on dit plus tribal parce qu'il y a quelques percus du sud. Et elle a appris à paufiner ses ballades, à l'instar de "Love Out of Lust", pas si loin de Fever Ray, l'ecclésiastique en moins, ou du très folk cul–terreux "Unrequited Love" (il fallait oser les chœurs, la dame a presque combiné du Fleet Foxes avec du Supremes). Sweden is better peut–on lire parfois chez les critiques musicaux. Pas faux (facile aussi: la pratique d'un instrument étant intégrée au programme primaire à l'école, ça aide). "Get Some" lancera le débat sur ce fameux terme tribal, on se contentera pour notre part de brancher nos lumières sur courant alternatif. Brillant (cette basse!).

Pierre: Beaucoup moins tribal mais peut-être tout aussi grand pop, le premier album de Micachu and the Shapes, sorti en 2009, m'avait bluffé. En cette fin du mois de mars, sort de façon assez inattendue un second LP: CHOPPED AND SCREWED. L'espoir de retrouver la pop aussi raffinée que d'apparence simple est d'amblée déçue. Ce second album est en effet tiré d'un live réalisé avec la London Sinfonietta, orchestre de musique contemporaine. Le résultat est tout sauf mauvais mais la vérité, c'est qu'on s'y ennuie un peu. Bien sûr, dans ce plat pays, les rares sommets touchent au grandiose, notamment la très réussie "Everything". Il n'empêche qu'on regrette que Micachu and the Shapes soit passé aussi vite du petit con génial de "Golden Phone" aux vieux con talentueux mais un peu rasoir de CHOPPED AND SCREWED. Mais ce projet n'est qu'anecdotique, un véritable nouvel album de Micachu étant attendu pour la fin de l'année. Vivement.

Julien:  l'importateur Musikvertrieb nous a récemment envoyé l'album de The Pains of Being Pure at Heart, BELONGS. Chose curieuse, j'ai toujours vu ce groupe comme une de ces fameuses curiosités à ne pouvoir cartonner que dans un pays (ici, l'Allemagne). Peut–être cartonnent–ils tout simplement, surtout auprès de la catégorie éternels ados, ou plutôt éternels emos. L'éponyme "Belong" tourne sur notre platine et, effectivement, on a notre lyrisme, nos grosses guitares, nos chœurs, le tout dans un maxi–pack pas franchement déplaisant. Avec "Heaven's Gonna Happen Now", on les signe direct en première partie de Teenage Fanclub ou des Pastels. Ya de l'idée et de la belle finition. Après, on s'amuse un peu plus sur n'importe quel tube pop des Cure / Smiths. A noter aussi le très Modern Lovers "The Body" ou le luxuriant "My Terrible Friend", vraiment terrifiant. Donc, du moyennement très bon, du très bien appliqué, de la légèreté, de la bonne volonté, mais franchement, bon, oui, n'a–t–on pas mieux avec un bon best–of des années 80, registre new–cold–post–punk–noise–wave? A voir… Attention, je dis cela en ayant sous les yeux le nouvel album des Wild Beasts (à paraître mi–mai), écouté une bonne vingtaine de fois, une véritable bombe. Oui, ce groupe est merveilleux et va nous faire une belle leçon d'optimisation de pop des années…80. Si si.

Disques du mois
Pierre: The Weeknd, HOUSE OF BALLOONS
Julien: Robag Wruhme, THORA VUKK

Singles du mois
Pierre: Mi Ami, "Hard Up"
           The Strokes, "Machu Picchu"
Julien: Lykke Li, "Get Some"


Et ce dont on n'a pas pu parler ce mois:

R.E.M., Collapse Into Now [Warner Bros.]
Elbow, Build a Rocket Boys! [Polydor]
Wye Oak, Civilian [Merge]
J Mascis, Several Shades of Why [Sub Pop]
The Joy Formidable, The Big Roar [Canvasback/Atlantic]
Keren Ann, 101 [Blue Note]

Obits, Moody, Standard and Poor [Sub Pop]
Peter Bjorn and John, Gimme Some [StarTime International]
Wolf + Lamb vs. Soul Clap, DJ-Kicks [!K7]
The Dø, Both Ways Open Jaws [Cinq 7]
Howe Gelb, Alegrías [Fire/Konkurrent]
Noah and The Whale, Last Night On Earth [Coop/V2]


A dans 30 jours donc! 
























A venir le mois prochain: 

King Creosote & Jon Hopkins, Diamond Mine [Domino]
Surfer Blood: I'm Not Ready EP [Kanine]
Jeremy Jay: Dream Diary [K]

Lake: Giving & Receiving [K]
Kode9 & the Spaceape: Black Sun [Hyperdub]
Fleet Foxes: TBA [Sub Pop]
The Kills, Blood Pressures [Pias]
TV On the Radio, Nine Types of Light [Interscope]
Panda Bear, Tomboy [Paw Tracks]
Alela Diane, Alela Diane & Wild Divine [Rough Trade/Konkurrent]


La vidéo du mois: Woodkid, "Iron"

26 mars 2011

MUSIK TANK : The Strokes et Angles

Illustration: Pierre Girardin


























  




Le dernier album des Strokes porte bien son nom : ANGLES. C’est une pierre angulaire décousue, fragmentée, aux faces imparfaites, qui n’a pas de début ni de fin, qui heurte les fans, met en conflit les potes, inquiète les plus fidèles, fait pleurer sa copine. Cinq ans après l’insolite FIRST IMPRESSIONS OF EARTH et plusieurs albums solo dispersés plus tard, qu’est devenu le groupe de rock le plus important des années 2000 ?

Plus besoin de se faire des amis

En 2001, IS THIS IT est arrivé comme un ovni sur la planète rock. Des chansons construites simplement, aux refrains bénis, des solos intelligents anti-branlette-intellectuelle comme on n’en faisait plus depuis Television, une voix classe, saturée mais vivante, et puis, évidemment, un son. Un son caractérisant l’atmosphère d’un disque qui très vite s’est vu titiller ses propres idoles, et les journalistes du monde entier n’ont pas hésité de le classer entre le premier Velvet et les deux Stooges, entre Talking Heads et ALIEN LANES, le meilleur Guided By Voices – comme un moment unique, intemporel et universel dans l’anthologie du rock’n’roll. « Je voulais juste écrire de la musique qui toucherait les gens. Et j’aimerais pouvoir écrire une chanson où toutes les parties marchent. Quand tu écoutes une chanson comme ça, c’est comme trouver un nouvel ami » glissait alors Julian Casablancas en 2002 pour le magazine Rolling Stone. Aujourd’hui, au lendemain de la sortie du quatrième Strokes, on se demande si Julian cherche encore à se faire de nouveaux amis.

Rappelons que les Strokes étaient les fers de lance de ce renouveau du rock qui a surgi au début des années 2000. À l’époque, je me rappelle avoir lu dans le Q Magazine : « De tous ces groupes, trois seulement sont intéressants et perdureront : The Strokes, The White Stripes et Black Rebel Motorcycle Club ». Bilan en 2011 : les White Stripes ont splitté et BRMC est tombé de haut après HOWL. Ils sembleraient que Meg et Jack aient trouvé la porte de sortie la moins compliquée. Le quatrième opus des Stripes était ELEPHANT et la comparaison est méchante avec le quatrième Strokes : ELEPHANT regorge d’idées, d’innovations et de classe, alors que ANGLES sent le brûlé. À suivre le chemin des colosses emblématiques des années 2000, on arrive au constat difficile mais réaliste: une ère est révolue.


Fragmenté

De l’eau a coulé sous les ponts, et c’est un fait important à rappeler pour comprendre (ou excuser) ANGLES. Chacun des membres du groupe a vécu son expérience solo et surtout, Julian a écrit son album à lui. Une semi-réussite. Mais cet album a permis de comprendre qui se cachait derrière le chanteur des Strokes, et le booklet et les chansons confirmaient alors qui était vraiment celui qui décidait tout chez les Strokes. Les quatre autres, de leur côté, ont passé du temps loin de l’aîné surdoué: ils ont écrit pour eux, ont joué au base-ball, sont devenus papa, se sont mariés, se sont reposés. Eté 2010, réunion de crise: il faut enregistrer un disque les mecs. Est-ce un appel de leur boîte de production, de leur manager, du destin? Est-ce une tentative pour reformer une plaie entr’ouverte en 2006 ou pour excuser les comportements douteux du chanteur lors de passages calamiteux sur les scènes européennes? Un besoin de fric ou un besoin artistique? À lire les quelques interviews du groupe durant et suivant l’enregistrement de ANGLES, Nick Valensi nous apprend que le groupe s’est plus croisé que retrouvé en studio: « Je ne ferai pas le prochain album comme ça. Hors de question. C'était horrible. Juste horrible. Travailler de façon fragmentée, sans chanteur… Certains jours, je me pointais au studio et enregistrais mes guitares seul avec l'ingé son ».

Les deux premiers albums des Strokes étaient du 100% bio-vitaminé, unifié et certifié qualité. Pas une erreur, ou alors quelques petites égratignures qui apportaient même un charme particulier. ANGLES est comparable sur un point avec son prédécesseur :  tout deux contiennent du bon et du mauvais. La différence est que FIRST… avait dans ses rangs de très grandes chansons. En enlevant le moins bon, on se retrouvait alors avec un très bon disque de 8-9 chansons. Au même régime, il ne resterait plus grand chose de ANGLES.

Le bon est dans l’ouverture et la clôture de l’opus : "Machu Picchu" (meilleure chanson du disque, et de loin !) est suivi du single "Under Cover of Darkness qui contient" l’un des pires refrains du groupe mais qui sauve les meubles avec des guitares et un pré-refrain attachants. Puis c’est le gouffre. Entre des couplets à la Peter Gabriel flirtant avec George Michael ("Two Kinds Of Happiness", qui contient un refrain bien semblable à "Left & Right in the Dark": « Oh wake up wake up, wake up… » ) et des grosses B-side farce ("Gratisfaction"), on se dit petit à petit que les Strokes peuvent aujourd’hui faire ce qu’ils veulent et que le monde les suivra, assurance tout-risques acquise grâce à leur deux premiers LPs. Les Strokes s’amusent et nous font écouter ce qui leur chantent. Dans ce grand panier de fruits pas mûrs, on retrouve parfois de l’espoir, avec "Games" où le groupe pratique une sorte d’electro-80s où boîtes à rythmes et synthés dominent. Oui! c’est à des années lumières de IS THIS IT, mais la composition est à contre-sens, nostalgique et révolue: nous sommes les Strokes et nous faisons  dorénavant ce qu’on veut. "Call Me Back" est dans la même catégorie. Qui aurait cru qu’un jour les Strokes s’amuseraient à faire une partie à plusieurs voix à capella ? Mais le problème, c’est qu’au niveau de la composition, on est à des années lumières d’un "Soma" ou d’un "What Ever Happened".


Mutinerie loupée

La bande new yorkaise a donc changé et c’est à nous de nous acclimater ou non. J’ai toujours cru en leur spécificité qui avait tant marché sur leurs deux premiers disques: s’enfermer dans les limites de leur formation – soit deux guitares, une basse, une batterie, un chant – et tenter d’en extraire le meilleur et la perfection, sans tricher. Aujourd’hui, le groupe triche et nous sort des chansons que n’importe quel autre groupe actuel pourrait produire. Les Strokes, en 2001, étaient nés pour offrir de la musique mainstream de qualité à ceux qui ne voulaient pas écouter des groupes comme Muse. Alors, quand on entend "Metabolism", on se demande pourquoi ils écrivent des chansons qui ne ressemblent à rien, sauf à du Muse.

ANGLES est donc un disque de tricheurs. Mais le tricheur est quelqu’un de rusé. D’ailleurs, le groupe réussit à nous placer en fin de disque une chanson qui nous renvoie tous aux remerciements obligés (tactique semblable dans le dernier MGMT). Le refrain de "Life is Simple in the Moonlight" fait rêver et ne demande qu’à être inclus dans la BO de votre vie. Par instants, le groupe gère son truc ("You’re so Right" comporte des parties bien trouvées, made in Fraiture) mais cela n’empêche pas de faire couleur l’album. Le génie de J.C. est-il épuisé ? « Je me suis absenté des séances d’enregistrements pour laisser les autres déployer leurs ailes » insiste-t-il. Le pire album des Strokes s’explique donc par cette mutinerie qui hante l’album. Le groupe essaye de devenir un groupe sans leader ; une image que Julian lui-même s’efforçait de répandre en 2002. Mais à en voir le résultat, il est évident et un peu triste de constater qu’il serait nécessaire aujourd’hui que chacun retrouve sa place au sein des Strokes. Une évidente histoire de hiérarchie qui a vu un régime monarchique faire ses preuves jusqu’en 2005. Alors Julian a laissé le pouvoir à ses pions, et le navire a commencé à couler.

25 mars 2011

TT TV: BAD BONN KILBI 2011



On en connaît plus d'un à avoir pesté, à choix, contre son ordinateur, contre la billeterie online, contre leur réveil qui n'a pas sonné ou, pire, contre le Bad Bonn lui-même. Voici le festival qui montre l'exemple, alors qu'on s'étonne encore de l'incapacité à étonner de la majorité des sauteries estivales. Voici le festival qui sait tisser de la soie avec des bouts de ficelles alors que la Primavera ne serait rien sans un industriel de houblon et les fantaisies du média web numéro 1. Voici la Kilbi, joviale et loyale foire (Chilbi en V.O.) du club le Bad Bonn, voici l'interview de son co–fondateur, programmateur – simplifions: le chef – Daniel Fontana, Duex, s'exprimant sur cette 21ème Kilbi, son line–up (énorme), ses problèmes de luxe, mais aussi sur l'avenir de la meilleure salle de concert de Bonn/Guin.
 Pour tout savoir:

Site de la Kilbi
Site du Bad Bonn
Billeterie
Les petites annonces du Bad Bonn

24 mars 2011

MAINGROUND ET UNDERSTREAM

Photo: Julien Gremaud
Difficile de parler de culture sans utiliser les mots de mainstream et underground. Pourtant, avec la mort du disque, les triomphes de groupes dits "indé" ou encore la fin des chapelles musicales, on sent bien qu’on ne sait plus vraiment ce que ces mots veulent dire. Penchons-nous un peu sur les lisières, ces lieux de rencontre de ces prétendus mainstream et underground.

Est-ce que Britney Spears, c’est du mainstream, alors que presque plus personne ne l’écoute ? Est-ce que Animal Collective est underground, alors qu’ils remplissent les salles et qu’il est de bon ton de l’avoir sur son iPod ? Vampire Weekend est censé être un groupe indé, mais ils atteignent facilement la place numéro n°1 des charts américains, ce que nombre de groupes immenses du début des années 2000 n’ont jamais réussi. Je pense notamment aux Strokes et autres White Stripes. Bref entre l’état de décomposition de plus en plus avancé de l’industrie du disque et la place de plus en plus importante de groupes encore confidentiels quelques années auparavant, la séparation stricte entre mainstream et underground a fini par se fissurer. Et c’est tant mieux. Quand des chapelles s’effondrent, on ne peut que s’en réjouir. Aujourd’hui, ils sont de moins en moins nombreux les puristes snobinards qui n’écoutent que des groupes secrets sans jamais succomber aux sirènes de la pop, et la bonne musique a un public de plus en plus large. Au fond, cette séparation n’a jamais été totale, mainstream et underground se nourrissant réciproquement l’un de l’autre. Que ce soit Marx ou Negri, de nombreux penseurs ont montré comment le capital ne peut engendrer de lui-même des nouveautés révolutionnaires, cette créativité est toujours le fait de relations humaines hors du circuit de l’accumulation du capital. Le capital doit donc aller se nourrir dans ces laboratoires de créativités que représente au niveau musical l’underground. Le nombre d’exemples est ici sans fin et s’inscrit dans le mouvement incessant du monde musical qui voit des sous-genres passés du confidentiel branché à la hype mainstream pour finir dans une beaufitude désespérante. Le dernier exemple en date est bien évidemment le single de Britney Spears et sa production Dubstep (genre d’ailleurs décrit comme mainstream par James Yuill lors d’une récente interview à Think Tank). Voir un style musical passer aussi vite du sud crasseux de Londres à un clip plein de marques dans une version au mieux édulcorée, voir carrément nulle, a quelque chose de fascinant et reste un moteur constant de l’évolution musicale. Les milieux alternatifs voyant leurs créations récupérées par la soupe mainstream sont bien obligés de trouver quelque chose de nouveau. Le sujet est loin d’être clos et d’autres pistes sont évidemment à traiter.


Le mouvement en sens inverse est celui qui voit des artistes underground utiliser le son mainstream dans leur musique. Parfois, cette stratégie peut mener au succès, les exemples les plus connus étant la transformation disco réussie de Blondie ou ZZ Top. D’autres fois, on assiste à des reprises de tube par des groupes moins connus dans des versions pince sans rire à vrai dire sans assez d’intérêt pour qu’on en donne un exemple ici. Et il y a enfin les remixes raffinés, déstructurés, malades ou monstrueux. Aujourd’hui, plein de petits malins s’y collent de façon plus ou moins réussie. Non pas des remixes pour des faces B de single officiel, mais du véritable vol à l’étalage, du sabotage, suçant l’énergie mainstream pour la recracher sous une forme pour le moins non commercial. En voici 4 exemples actuels, les faire connaître étant au fond le véritable but de cet article. Commençons par les très prolifiques Elite Gymnastics, qui ont réussi successivement à sortir un très bon album de chillwave (REAL FRIENDS), deux titres de dance délurée (PARACHUTE) et un improbable EP de chillslow entre the Cure et Blackbird Blackbird. Sur leur joli site, au milieu des pixels et des compils super, on trouve désormais leur dernier EP (GIZZARD GREENS VOL.2) avec deux bombes. D’abord, "GΛGΛ", qui sample donc Lady Gaga, pour en faire une chanson brumeuse et c’est à travers ce voile qu’on décerne finalement de l’émotion dans la voix de la chanteuse. Mais là, où Elite Gymnastics envoient du lourd, c’est dans leur vampirisation de Waka Floka Flame sur "WΛKΛ". Au flot profond et claquant du rappeur américain, ils osent ajouter un sample de dance bien nineties. Le résultat, un missile jouissif au possible, taillé pour le dancefloor, une sorte de cocktail parfait de tous les plaisirs coupables sur lesquels il est impossible de ne pas danser. Attention, ça gicle !


Dans un genre plus raffiné et moins dancefloor, il y a Die Neue Mythologen. A leur tableau de chasse, encore peu de prise, mais déjà de quoi se rassasier. A toute seigneure, tout honneur, tout a commencé avec Beyonce. Du tube sucré "Sweet Dreams", ces nouveaux mythologues font une magnifique chanson planante, florissante, et aux battements profonds. Ici encore, les remixeurs s’appuient sur la puissance pop de la voix pour produire une chanson reconstruite où l’émotion devient encore plus forte par son côté furtif. R. Kelly subit un ralentissement et son "Number One" perd son côté guimauve pour se retrouver tout retourné quelque part entre l’hyperdub et le r’n’b voicodé. Sur le site de la formation, on trouve également un remix plus dansant de Missy Elliott mais aussi du plus pointu avec Spiritualized et Deutsch-Afrikanische Freundschat. Que du bon. Ah ouais et tout ça c’est gratuit, comme chez Elite Gymnastics d’ailleurs.


Pour finir, je citerai deux titres, certes bien moins talentueux que les deux projets précédents. D’abord la reprise par Blissed Out, qu’on a connu meilleur, du titre pas si mal mais qui a fini par bien nous gaver, "Empire State of Mind" de Jay Z et Alicia Keys. La seule fois, où j’ai fait écouter cette version à quelqu’un, on m’a répondu que c’était horrible. Et la vérité, c’est que c’est assez juste. Mais, au fond, c’est ce côté horrible qui est jubilatoire. Voir passer un tel tube léché à travers un filtre pour le moins barré, mêlant transe, sons lugubres et voix grésillantes, ça procure un certain plaisir. Dans un style moins horrible, Cop Magnet reprend "No Scrubs" de TLC. Ici, ça sature, le tempo tape et la voix ralentie fait bien sûr penser à de là de Witch House de club. Difficile de savoir si c’est le souvenir de la chanson originale qui procure cet effet, mais là encore, il y a un sentiment fascinant de reconnaître un tube pop au possible mais sous une forme défigurée, monstrueuse mais où demeure encore la naïveté de la chanson de base. En bonus, un titre présent sur la compil' de Footwork, BANGS AND WORKS, "All The Things" de Tha Pope, où en à peine plus de une minute trente, on retrouve ce mélange de sons malades citant des voix les plus pop du R’n’B américain. Enjoy !


20 mars 2011

KINO KLUB: Consor – The Windtalker (CH)




En avant–première, voici le clip célébrant la sortie du nouvel EP de Consor, alias Samuel Vaney, THE WINDTALKER, illustrant le morceau éponyme. Clippé par Nicolas Chevailler, "The Windtalker" est un appel d'air brillant et sans revendication écologique. 

Membre du groupe dégomme Cortez et des sinueux Ventura, Consor est signé chez le prolifique label lausannois Creaked Records (Opak, Larytta ou encore Oy). THE WINDTALKER met fin à une attente de cinq ans du côté du producteur romand, qui avait sorti son seul et unique album – MESANTROPIA – en 2006 déjà. Une discrétion étonnante pour tant de talent mais forcément à saluer alors que le job de DJ / producteur électro s'apparente de plus en plus à un grand cirque bordélique et pathétique. Comme on fait bien les choses chez Creaked, ce EP n'est pas qu'un simple prétexte présentant le titre éponyme, qui ne se suffirait pas nécessairement à lui–même dans son électronica–ambiant très belle mais sans véritable argument tranchant pour siéger à la table des faiseurs de l'actualité électronique. On laisse donc tourner les morceaux pour ainsi découvrir un presque album long de huit bons titres (relevons–le). Par ailleurs, Consor n'y voit pas ainsi un contentement certain car il annonce pour la fin du mois de mai un vrai deuxième album. De quoi voir venir, et aussi, peut-être, espérer le retrouver  sur scène. 


Si vous ne savez que faire des sorties de Nicolas Jaar ou de James Blake ou si vous désespérez devant le flot de sorties électroniques, on tentera de vous conseiller ce EP riche et à la belle direction musicale, où, outre "The Windtalker", on trouvera des choses percutantes, toujours dans un IDM soyeux, comme "Codex" ou le coriace "Corpus". Au clavier, "Liquid" est admirable mais pas niais, alors que le final "Octobombric" s'étend dans un post–rock électronisé (quelle réverbe!). De LA, Asura reprend le titre éponyme en le survitaminant avec des percussions et des voix que n'importe quel groupe chillwave actuel jalouserait. Dans l'état d'esprit, on n'est vraiment pas loin de la production du duo Mount Kimbie, ce qui est très bon signe figurez–vous. Dernière (belle) surprise, le britannique Joe Galen remixe lui de même ce titre avec pas mal d'aplomb. Le Mancunien signé lui aussi chez Creaked le transcende en un morceau de fin de set idéal, proche du récent album de Robag Wruhme. Pas mal pour un artiste plutôt étiqueté pop–folk. Pas mal non plus pour un avant–goût du nouveau LP de Consor. Ci–dessous, l'écoute intégrale du EP. En passant, faites un tour sur le Soundcloud de Consor, avec deux excellentes mixtapes témoignant de la largeur d'esprit de l'artiste: Grauzone, Belle Orchestre, Sufjan Stevens ou encore Pussy Galhore.





Tout ce qu'il faut pour trouver Consor:
http://itunes.apple.com/us/album/the-windtalker-ep/id422583395
http://creaked.bandcamp.com/album/the-windtalker-ep
http://creakedrecords.greedbag.com/buy/the-windtalker-ep-0/

16 mars 2011

TANKINO: THE FIGHTER

Photo: Julien Gremaud

Partagée. C’est l’impression que donne le dernier film de David O. Russell, The Fighter, qui met en scène deux frères boxeurs, l’aîné (Christian Bale), devenu l’entraîneur du cadet (Mark Wahlberg), entourés d’une famille de sept sœurs, d’une mère autoproclamée manager et de deux pères coach-entraîneurs soumis. Une histoire de famille en somme. Tiré d’une histoire vraie (soupir…), The Fighter est un long-métrage difficile à cerner : dernier des « films à Oscars » à sortir, le film balance entre réalisme tendu et farce grinçante destinée à plaire et réunir les grandes familles. Un film à problèmes; dissection.

La genèse du film est amusante à rappeler. En 2007, Mark Wahlberg approche Scorsese qui refuse de tourner un second film de boxe (pour ceux qui ne l'ont pas vu, le magnifique Raging Bull de 1980). La boîte de production demande alors à Darren Aronofsky de réaliser l’objet et en 2008, Christian Bale remplace Brad Pitt dans le rôle de l’aîné de deux frères. Mais Aronofsky s’intéresse au remake de Robocop et délaisse le projet pour réaliser Black Swan. Alors, à la manière de leur recherche d’un manager dans le film, les deux acteurs (Wahlberg étant devenu producteur du film) se tournent vers David O. Russell pour la réalisation. Celui-ci accepte, mais Aronofsky tient à rester proche du projet en tant que réalisateur exécutif.


D’ailleurs, la patte Aronofsky est saisissable dès les premiers plans du film : caméra à l’épaule, on suit l’acteur sans jamais lui passer devant, on maintient un réalisme brut et esthétique. Car le film débute sur les chapeaux de roue (le générique d’ouverture est un des meilleurs depuis longtemps) et les quarante-cinq premières minutes sont franchement excellentes, guidées par un très grand Christian Bale, transformé ici en boxeur qui « a connu des hauts spectaculaires et des bas dramatiques » selon ses propres termes. Dans ce rôle, on ne peut s’empêcher d’y voir encore le spectre du magnifique The Machinist (2005) où l’acteur avait perdu vingt-huit kilos pour jouer le rôle, avant de se transformer en chauve-souris volante pour le Batman de Nolan la même année. Bale interprète donc un gars attiré par les extrêmes – la boxe, la gloire, le crack. Et le film nous le montre très bien : après une nuit passée dans une maison de junkies, la mère de Dicky vient le chercher pour qu’il aille entraîner son petit frère. Dicky angoisse, se ressaisit, complètement shooté, saute de la chambre du troisième, atterrit dans une benne à ordures, et se met à courir à toute vitesse dans cette pauvre et industrielle ville de Lowell pour rejoindre la salle de sport. Le rythme est soutenu, entre cool attitude et tension petit à petit mises en place : Micky perd un nouveau combat, il a la possibilité d’aller s’entraîner à Vegas, il rencontre une fille au pub du coin, sa vie peut basculer et il peut s’entourer de personnes vraiment sérieuses pour tenter de percer. Alors le film s’emBale : la famille et ses sept sœurs se hissent contre Charlene, la nouvelle copine de Micky, Dicky va un peu trop loin dans ses dérapages et se fait coffrer, son petit frère veut le défendre, les flics lui cassent la main, une scission naît, le chaos s’installe et le film bascule.


Alors qu’on aurait espéré qu’un combat fraternel prenne le relais pour la seconde moitié du film, qu’une sorte de Caïn et Abel des temps modernes nous surprenne, c’est une suite conventionnelle que le spectateur subit. Le film se coince dans une normalisation sécurisante et amorphe, où on ne sait plus si c’est la dure réalité du début qui tient le fil rouge, ou si c’est la performance de Christian Bale dans un rôle mi-gros loufoque cracké, mi-génie de la boxe   je-m’en-foutiste. Les clichés sont très présents. Tantôt pour le bon (les sept sœurs, l’indéfinissable Dicky) tantôt pour le mauvais : le frère qui revient et qui rassemble la famille, la boxe contre le crack, la victoire au bout du compte. Tout semble si simple. Mais ne l’oubliez pas, c’est basé sur une histoire vraie, ce qui est bien rappelé deux fois dans le film : au début et au générique de fin avec la présence des deux protagonistes en personne accoudés au bar, qui remercient Hollywood, d’avoir tourné un film sur leur histoire.


Ces deux frères habitent toujours à Lowell et ont, paraît-il, bien aidé à l’élaboration du film. En les voyant au générique de fin, on comprend peut-être mieux le côté parfois déraillé du film, burlesque, et à la cool. Mais ça n’excuse pas tout. The Wrestler avait réussi à nous faire croire à une réalité fausse, mais The Fighter échoue à nous faire croire à une histoire vraie. Tout est là, tout est dans la volonté d’utiliser désespérément des faits réels. Mais le rêve est bien plus beau que la réalité. The Fighter est un bon film de performances (Bale fait penser à un Jim Carey malade et grave par moments, c’est assez frappant), et le jeu de Mark Wahlberg permet de réévaluer cet acteur. Scorsese aussi, avec Raging Bull, avait pris le pari de raconter des faits réels au cinéma, sous le masque de la biographie. La différence ? Raging Bull est dirigé vers la défaite alors que The Fighter se conclut vers la victoire. C’est peut-être ce qui a déterminé le refus de Scorsese à tourner The Fighter : faire un bon film d’une victoire n’est pas très difficile, mais réussir à faire un chef d’œuvre d’une défaite est bien plus surprenant.

15 mars 2011

TT TRIP : THE STROKES A LAS VEGAS

Illustration : Le Piète
Samedi soir, 12 mars 2011. Pour défendre leur dernier album, le groupe de rock le plus important de la première décennie du XXIe siècle faisaient son grand retour sur la scène du Chelsea au Cosmopolitan de Las Vegas. Vous n'y croyez pas ? Hé oui, Think Tank y était ! Pour son anniversaire, mon meilleur pote s'est rendu accompagné de sa copine au premier concert des Strokes de 2011. Impressions forcément subjectives d'un fan de la première heure, comme si vous y étiez.

Le cadre est extraordinaire (dans le sens premier du terme) : un complexe hôtel-casino grand luxe en plein centre du Strip (artère principale) de Las Vegas, entre la tour Eiffel miniature de l’hôtel Paris, les fontaines impressionnantes du Bellagio et le grand huit qui entoure le New York-New York et sa statue de la liberté. Autant dire que dans ce tableau de démesure luxueuse et superficielle, les Strokes semblent autant à leur place qu’un vendeur de saucisses dans une manifestation végétarienne. Et pour preuve, une fois sur cette grande avenue, impossible de rater les écriteaux géants annonçant, parfois plusieurs jours à l’avance, les spectacles de Céline Dion, Elvis, David Copperfield ou des Beatles (à Vegas ils sont tous encore vivants ; même Céline Dion) ; mais aucune trace du concert des Strokes. Même une fois dans l’entrée principale de l’hôtel en question, sur les écrans éparpillés de la salle, sous l’énoncé « événement du jour » : rien. Mon cœur, qui battait déjà irrégulièrement, s’arrête durant les quelques secondes nécessaires à m’assurer de la date sur le billet. Soulagé, je suis enfin guidé à travers les salons, couloirs et escalators jusqu’à la salle en question, le « Chelsea », quelque part au quatrième étage d’une aile du Cosmopolitan. La salle est magnifique (environ 2000 personnes) même si, encore une fois, la moquette et les lustres jurent avec le sujet du jour. Les cartes d’identités sont contrôlées à l’entrée. La limite d’âge est de 18 ans et ça tombe bien parce que la majorité du public a 18 ans. Étonnamment, pas de light show particulier sur scène (même si le rendu lumière de la salle s’avèrera réussi) et surprise : un micro pour Nick et Albert. De l’ouverture des portes à l’arrivée des Strokes, trois heures s’écoulent (!). Devendra Banhart passa par là, 45 minutes, pour une honnête performance (légèrement insuffisante à mon goût pour mériter une ligne dans une review des Strokes. Trop tard). Attente longue, interminable même, et à 11 pm tout le monde rassemble ce qu’il lui reste de cuisses, genoux et vertèbres car Queen (mais pourquoi ?!?) annonce l’arrivée des New Yorkais sur scène. Le temps s’arrête. I Can’t Win lance le show.


On se rappelle tout de suite à quel point un concert des Strokes est différent et pourquoi. Des riffs, rythmes et mélodies directes et efficaces, quelque chose de sincère qui touche immédiatement dans le mille mais avant tout une présence scénique puissante (bien que plutôt passive) qui impressionne toujours. C’est d'abord Julian, même dans sa version du jour particulièrement concentré et calme, qui capte l’attention par son charisme naturel. Sa voix est posée et précise. Les « just kidding » et « you’re amazing » sont toujours là, comme des ponctuations. Nick lui dispute définitivement le rôle principal durant la première heure où il assure la lead guitar de la majorité des morceaux (à vrai dire tous mis à part Under Control, je crois). Mais c’est quand Albert est à la barre que le concert prend des tournures frénétiques (les meilleurs exemples sont Take It Or Leave It et Last Nite qui ne sont pas placés en fin de set par hasard). Bien que souvent en retrait pour laisser le rôle de guitar hero à Nick, c’est lui le véritable moteur du groupe par son attitude, sa gestuelle, son engagement, son sourire constant et sa chemise à carreaux. Le seul à vraiment montrer son plaisir (contagieux) d’être de retour sur scène finalement ! À mon sens de loin la note la plus positive du concert. J’omets presque volontairement de parler de Fab qui a définitivement vendu son énergie pour acheter une technique (souvent intéressante mais jamais transcendante) et Nikolai, car je ne serais même pas en mesure de garantir qu’il était présent.


Une heure et quart pour 19 chansons, les enchaînements sont rapides et ça déménage ! Dans sa composition, le set ressemble à ceux de leur tournée estivale de 2010 : sept chansons du premier album, cinq de son successeur (Room On Fire) mais, comme une marque de déni, seulement deux chansons « obligatoires » de First Impressions Of Earth. De leurs derniers concerts, on regrette Soma, 12:51, Heart in a Cage et Vision of Division ; mais on regrette surtout ce à quoi elles ont fait place. Ce qui aurait pu (dû ?) être une découverte prématurée de l’album qui sortira le 18 mars prochain en Suisse n’était finalement qu’un court aperçu puisque seulement cinq chansons, dont trois déjà connues de tous, étaient présentées (bien que l’album soit maintenant en écoute intégrale sur leur site officiel). Les constantes les plus effrayantes qui me semblent se dégager de ces nouvelles compositions sont le « refrain facile » (très sucré, souvent appuyé de backing vocals) et le « solo héroïco-kitsch » (qui échoue complètement là où ses prédécesseurs avaient marqué les esprits par leur efficace simplicité, jusqu'à devenir une des signatures de leur musique). Si, comme les principaux intéressés l'ont reconnu, cet album testera la capacité des autres musiciens à décharger Julian de son omnipotence des trois premiers albums, les semaines à venir risquent d'être difficiles pour Nick, Nikolai, Fab et Albert. Comme on veut tous essayer malgré tout de rester positif à quelques jours de l'échéance, je dois arrêter là ma description des nouveaux titres. Même mieux, je finirai par une nouvelle chanson convaincante : You’re So Right face B du premier single. Une belle construction avec une montée progressive d’intensité; bouillonnante en live. Réussie (et de une !).


Quant à la salle, comme anticipé en considérant l’âge moyen, la foule s’avère plutôt dynamique durant la première moitié du concert, puis un grand nombre d’entre eux cèdent à la fatigue et recule ou se fait sauver par le service de sécurité à l'avant, pour laisser place à une deuxième moitié de concert désagréablement calme qui influence légèrement et négativement le groupe (et moi) dans sa prestation. Mais peu importe les Strokes font toujours autant impression sur scène. Encore un dernier Nite endiablé qui les replace sur le piédestal qu’ils méritent, puis la musique s’arrête. Les Strokes s’en vont. Il est 12.51 am. D’accord, il était 12.15 am. Mais à Las Vegas, temple du spectacle, la vérité n’a pas d’importance.

Un grand merci à notre collaborateur exclusif, Fred.


Setlist
1. I Can’t Win
2. Reptilia
3. Under Cover of Darkness
4. The Modern Age
5. Whatever Happened?
6. Under Control
7. New York City Cops
8. You’re So Right
9. Is This It
10. Juicebox
11. Someday
12. Taken for a Fool
13. Hard to Explain
14. Life is Simple in the Moonlight
15. Take It or Leave It

16. Gratisfaction
17. Automatic Stop
18. You Only Live Once
19. Last Nite